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Les anciens manuels de catéchisme privilégient, pour la plupart, l’enseignement de l’Histoire sainte, des dogmes, des grandes fêtes liturgiques attachées aux Mystères de l’Incarnation, de la Rédemption et de la Sainte-Trinité.

Rares sont ceux qui évoquent la Fête-Dieu — ou fête du saint Sacrement —, sans doute parce qu’avec ses processions, elle jouissait alors d’un solide ancrage dans la piété populaire. Jadis, cette fête « allait de soi ». Alors qu’aujourd’hui, son évidence liturgique doit faire front aux pressions sociales d’un laïcisme militant qui cherche à chasser de l’espace public toute manifestation religieuse. Raison de plus pour assumer fièrement notre identité chrétienne. Puisque c’est justement pour cela que l’Église a institué la Fête-Dieu !

— Première raison de fêter le saint Sacrement : faire profession publique de notre foi envers l’Eucharistie. La présence réelle de Jésus-Christ dans le Sacrement — dogme majeur du catholicisme — s’est tour à tour heurtée aux hérésies au XIe siècle, à la Réforme protestante au XVIe siècle, aux mouvements de déchristianisation de l’Europe occidentale à la fin du XXe siècle. À nous aujourd’hui de porter le flambeau de notre Foi, dans la décence et la dignité, en dehors du confort communautaire de nos charmantes églises. À la négation ou à l’indifférence, l’Église oppose cette belle solennité : autant d’hommages respectueux et d’adorations profondes à l’adresse de Celui qui nous a enjoints d’aller enseigner les nations et de porter partout la Bonne nouvelle.

— Deuxième raison de fêter la saint Sacrement : ne nous arrive-t-il pas trop souvent d’oublier la présence de Jésus dans l’Eucharistie et d’être ingrats à son égard ? Tel un hommage de réparation, les offices et processions de la Fête-Dieu livrent une expression plus solennelle de notre foi et de notre amour. Un chemin de réconciliation qu’il faut être fier de partager.

— Troisième raison de fêter le saint Sacrement : bénédictions, chants, louanges, oraisons, processions signent le plus bel hommage que Jésus puisse recevoir de ses enfants. La foi et le recueillement se nourrissent de respect et d’amour, portant ainsi témoignage public de notre Espérance, face à nos frères, baptisés ou non, en proie au doute. Dès lors, loin d’être un spectacle de curiosité, la fête du saint Sacrement proclame, dans une joie recueillie, l’adoration de Notre Seigneur et de sa majesté divine, voilée sous le mystère. Sous la bienveillante vigilance de l’Esprit Saint qui souffle rarement où on l’attend…

JG

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Source : CAULY (Mgr E.) — Le Catéchisme expliqué - dogme, morale, sacrements, culte - (Paris, J. de Gigord Éditeur, nouvelle édition, 319e à 352e mille, 1924)

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« Le magnifique Office du saint Sacrement »

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La fête communément appelée Fête-Dieu est une solennité instituée en l’honneur du très saint Sacrement. Elle est fixée au jeudi qui suit la fête de la sainte Trinité. Mais la solennité en est renvoyée, en France, au dimanche suivant.

De tout temps un culte d’adoration a été rendu au saint Sacrement, qui contient le corps et le sang de Jésus-Christ, sa personne à la fois divine et humaine. Ce culte se révèle à nous dans les écrits des historiens et des docteurs, dans tous les usages de l’Église catholique, dans les monuments de catacombes, etc. Toutefois, pendant de longs siècles, il n’y eut pas de fête particulière envers l’Eucharistie. On trouvait que c’était assez honorer le saint Sacrement, que de célébrer journellement l’auguste Sacrifice. Une humble fille belge, née aux environs de Liège, sur la fin du XIIe siècle, eut l’initiative d’hommages plus solennels envers le très saint Sacrement, et obtint, en 1246, l’institution d’une fête spéciale par l’évêque de Liège.

Le pape Urbain IV approuva, en 1264, cette solennité pour toute l’Église, et chargea saint Thomas d’Aquin de composer le magnifique Office du saint Sacrement. En 1346, Jean XXII établit les triomphales processions, qui sont le couronnement de cette belle fête. D’autres souverains pontifes ont accordé de précieuses indulgences aux Offices et Saluts qui se font pendant toute la durée de l’Octave, en l’honneur du saint Sacrement.

Source : CAULY (Mgr E.) — Le Catéchisme expliqué - dogme, morale, sacrements, culte - (Paris, J. de Gigord Éditeur, nouvelle édition, 319e à 352e mille, 1924)

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Pas une heure sans adoration

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L’exposition du saint Sacrement dure pendants toute l’octave de la fête eucharistique, et c’est merveille que de voir les pompes et les magnificences de nos églises pendant cette huitaine.

En ville, cette octave a sans doute un grand charme pour les âmes pieuses. Mais à la campagne, les Saluts du soir ont un saint attrait pour les catholiques qui habitent les châteaux et les maisons de villages.

La paix d’en haut

Quand le soleil s’éteint au ciel, les cierges s’allument sur les autels. Et quand les oiseaux ne chantent plus sous la feuillée, les hymnes commencent dans les églises. Alors, les riches et les pauvres s’acheminent vers le temple champêtre, dont les cloches sont en branle, et à cette heure où la fraîcheur et le repos descendent sur la nature, la prière et la paix d’en haut viennent aux âmes qui croient, qui aiment et qui espèrent.

L’autel a conservé les ornements dont il avait été paré pour le grand jour. Le dais est encore dans le sanctuaire avec la croix argentée et la bannière des temps antiques. Les fleurs, les arbustes, les orangers, que les jardiniers de la contrée ont prêtés, mêlent encore leur parfum à l’encens. Et sous des palmes dorées et recourbées en voûte, ou sur des draperies de velours cramoisi, entre deux anges adorateurs, est exposé l’ostensoir avec ses rayons d’or ou d’argent. Pendant tout le jour, des cierges ont brûlé devant le Saint-Sacrement, et les âmes les plus pieuses et les plus ardentes se sont relevées pour qu’il n’y ait pas une heure sans adoration.

L’air béni du ciel

Si un étranger entre alors dans l’église, soit à la ville, soit au village, quelque chose saisit tout de suite son âme. S’il a le bonheur de croire, il tombe prosterné. S’il ne croît pas, il envie la foi de ceux qu’il voit priant dans le calme et le silence. Car il éprouve qu’il y a là un grand repos, une profonde paix. Avec l’odeur des cierges qui brûlent, avec la senteur des tubéreuses et des orangers groupés en massifs sur les marches de l’autel. Avec ce qui reste de la fumée d’encens, on respire ici comme l’air béni du ciel. Quand est venu le huitième jour, la fin de l’octave, les fidèles qui se sont habitués à prier ensemble se sont attristés de voir finir ce temps sanctifié. On dirait une famille qui ne va plus vivre sous le même toit. Des frères et des sœurs qui vont se séparer.

Source : WALSH (M. le Vicomte) — Tableau poétique des fêtes chrétiennes (Paris, Librairie Blériot, collection Bibliothèque grise, nouvelle édition, s.d., vers 1900)

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Fête-Dieu dans un village vendéen vers 1960

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Source : PRIGENT (Chanoine) — Mon catéchisme illustré - cours moyen et supérieur (Paris, Libraire Saint-Joseph, s.d.)