Catéchèse

Le meilleur du "bon vieux caté"

Montmartre

Bienvenue sur CATÉCHÈSE, le site du « Caté à l’ancienne », là où les vieux manuels vous offrent le meilleur d’eux-mêmes pour explorer l’éducation religieuse de jadis.

Ce florilège des beaux livres de catéchisme s’attache à mettre en perspective textes et images, miroir d’une époque où l’enseignement n’avait pas recours à la photo, et encore moins à l’univers du multimédia.

Il porte un regard didactique sur l’histoire sainte, articulant observations et explications, rituel et vocabulaire, lectures et devoirs.

Il entretient surtout le souvenir d’une pédagogie active en parfaite harmonie avec l’idéal de la vie chrétienne, entre liturgie et prière, entre échange et transmission, entre discernement et méditation.

Ressources inépuisables de notre Église universelle, « une, sainte, catholique et apostolique. » Message inébranlable puisque depuis deux mille ans, l’Évangile est en marche…

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vendredi 24 février 2017

Une croix de cendres sur le front

 

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Prélude du Carême, la cérémonie des Cendres ne se prête pas à de longs développements dans les anciens manuels de catéchisme.

Les enfants retiendront que ce mercredi vraiment pas comme les autres les invitent, au fil d’une profonde méditation sur la mort, à la prière et à la pénitence. Parce qu’en ce jour, « Dieu tient cour plénière de pénitence, et tous ceux qui ont besoin de pardon peuvent venir. »

Certes cette cérémonie demeure, à travers les siècles, « une éloquente préparation à la pénitence quadragésimale ». Mais derrière ses airs de sombre mortification, n’éveille-t-elle pas notre âme à une sagesse douce et sereine ?

En communauté, nous les chrétiens venons ce soir-là proclamer que nous sommes formés de la même matière. Dès lors, nous subirons tous le même sort de la mort, quels que soient les biens, les honneurs, les mérites que nous aurons accumulés ici-bas. Ni privilège ni faveur, ni hiérarchie ni passe-droit, ni fortune ni trésor. En caressant notre front, la Croix de cendres nous marque du sceau de l’humilité révélée. Nous naissons tout nus et nous repartons dans ce même état de nature. L’égalité chrétienne vient là se rappeler à nous, dans son évidence comme dans sa radicalité.

L’égalité devant Dieu, quelle plus belle nouvelle !… Nouvelle quelque peu angoissante pour celles et ceux qui rêvent d’emporter leur magot au cimetière. Nouvelle apaisante pour les témoins du Christ, celles et ceux qui jouissent de la plus belle richesse, la Parole de Jésus.

 JG

Les cendres des rameaux de buis bénits

Le mercredi des Cendres, les fidèles reçoivent sur le front l’imposition d’un peu de cendres provenant des rameaux de buis bénits, pendant que le prêtre dit : « Souviens-toi, homme, que tu es poussière et que tu retourneras en poussière. »

Source : QUINET (Chanoine) & HAMAYON (Abbé) — Doctrine et Leçons de choses religieuses, suivies de notes morales et sociales (Paris, Librairie L’École, 1937)

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Source : WALSH (M. Le Vicomte) — Tableau poétique des Fêtes chrétiennes (Paris, Librairie Blériot, nouvele édition, s.d.)

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Source : Catéchisme à l’usage des diocèses de France (Marseille, éditions Publiroc, illust. Jules BRETON, s.d.)

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Source : CAULY (Mgr E.) — Le Catéchisme expliqué - dogme, morale, sacrements, culte - (Paris, J. de Gigord Éditeur, nouvelle édition, 319e à 352e mille, 1924)

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Mercredi des cendres 2016

 

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jeudi 2 février 2017

Jésus est présenté au Temple

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La Présentation de Jésus au Temple, fêtée le 2 février, est abordée de façon très succincte dans les anciens manuels de catéchisme.

Si certains prennent soin d’exhorter les enfants à ranger la crèche de Noël en ce jour, la plupart sont assez avares de commentaires sur ce rite procédant de la Loi de Moïse, sans doute parce qu’il se dérobe à des explications simples, accessibles aux plus jeunes. Plutôt que se perdre en explications vétérotestamentaires, ils privilégient la portée prophétique du récit, autour du vieux Syméon et de la veuve Anne, deux personnages surgis de nulle part, assez mystérieux…

Quarante jours après sa naissance — donc avant la fuite en Égypte relatée par Matthieu —, Luc relate avec ses mots cette scène riche de symboles : la présentation de Jésus au Temple (2, 21-24), sous l’optique un rien moqueuse d’un judaïsme étriqué.

 Deux rites le même jour

Selon la tradition religieuse de l’époque (Lévitique, 12, 1-8), la naissance d’un enfant rend la femme rituellement impure. Ce rite de purification, lié à une offrande, suppose le sacrifice d’un agneau et d'une tourterelle ou une colombe. Accommodement du Temple à l’endroit des familles démunies : l’agneau peut être remplacé par une autre tourterelle ou une autre colombe. C’est là l’option de Marie, en humble mère qu’elle est.

Le récit de Luc enchâsse ce rite dans un autre, concomitant — la présentation de Jésus, nouveau né — sans s’appesantir sur la subtilité de la Loi de Moïse. Le rachat du premier-né n’exige point la présentation de l’enfant. Il requiert seulement le paiement de cinq sicles (Nombres, 3, 46). Verser moins reviendrait à reconnaître que ce « fils premier-né appartient » à Dieu (ex, 13, 2).

Autre liberté de plume : Luc donne l’impression d’associer la présentation de Jésus à l’offrande des « deux tourterelles ou petites colombes » alors que ce rite accompagne la purification, sans rapport aucun avec le rachat du premier-né.

Pourquoi Joseph et Marie prennent-ils le risque d’emmener l’Enfant à Jérusalem ? Tout bien réfléchi, ils ont bien conscience qu’ils ne sont pas des parents ordinaires : la naissance miraculeuse de Jésus suffirait à le « dispenser » de présentation, et la sainteté de Marie devrait la soustraire à toute obligation de purification.

S’ils consentent à se plier au rituel, sur le plan catéchétique, c’est pour porter témoignage d’une obéissance totale, en pleine harmonie avec leur humilité. Ainsi, nous-mêmes peinerons-nous à trouver des prétextes à nos moindres insoumissions…

Sur le plan religieux, Jésus et Marie produisent aussi un acte affirmatif valant proclamation publique. Comme s’en amusait Origène, qu’on n’aille pas dire ensuite que Jésus ne s’inscrivait pas dans le respect et la continuité de l’Ancien Testament.

Né sur le territoire du « peuple élu », Jésus, dès sa naissance, observe les prescriptions de la Loi de Moïse. Un juif comme les autres, parmi les autres… Même si sa divine mission le conduira à affirmer sa différence, avec plus ou moins de tact ! 

Deux prophètes le même jour

Autre référence à la vivante continuité de l’Ancien Testament : la soudaine intrusion de deux étranges vieillards lors de ce rituel familial.

Syméon le Juste, « divinement averti par l’Esprit saint », vient saluer l’enfant en proclamant qui IL est vraiment. Il prédit l’avenir de Jésus en restituant certains passages d’Ésaïe.

Anne la prophétesse surgit à son tour. Elle rend grâce à Dieu, comme une « voyante » troublée par un songe. Telle une pythie sur son trépied, elle « parlait à tous ceux qui attendaient la délivrance de Jérusalem. »

Syméon et Anne, sortis de nulle part, n’apparaissent dans l’Évangile qu’au moment de cette présentation au Temple. Ils ne sont ni disciples, ni mystiques, ni possédés. À eux deux, ils incarnent l’attente du Messie. L’Esprit saint a visité le cœur de deux vieillards, homme et femme, au crépuscule de leur vie. Assez facétieux l’Esprit saint : IL trouve en Syméon et Anne deux porte-voix quelque peu dérangeants pour les adorateurs zélés de la Loi de Moïse. Si pour le judaïsme de l’époque, le temps des prophètes est révolu, l’Esprit saint fait revivre ces figures dans le Nouveau Testament. Il a choisi des êtres humains pour parler du rôle rédempteur qui allait être celui de l’Enfant Jésus.

Augure d’allégresse ponctué d’un sombre présage, celui qui vient en une phrase sanglante bousculer la douceur sereine de cette présentation au Temple. « Et toi, ton âme sera traversée d’un glaive », annonce Syméon à Marie, sans précaution oratoire aucune. Prophète rabat-joie qui voit déjà la Passion à l’horizon. Nul doute qu’au pied de la Croix, Marie s’est souvenu du vieux Syméon. Impossible de le maudire puisque tout était vrai…

JG

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Source : Abbé L. de C. — Je crois en Dieu - L'enseignement religieux en 400 images (Paris, Librairie des Catéchismes, 1906)

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Source : CAULY (Mgr E.) — Le Catéchisme expliqué - dogme, morale, sacrements, culte - (Paris, J. de Gigord Éditeur, nouvelle édition, 319e à 352e mille, 1924)

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Jour de la Chandeleur

L’Église catholique célèbre tous les ans, le 2 février, la fête de la Purification de la Vierge. « Quarante jours après la naissance du Christ, la Vierge vint au Temple présenter, pour sa purification, deux tourterelles et deux pigeons. » En ce jour, on faisait autrefois des processions avec des chandelles allumées, d’où le nom de la Chandeleur donné à cette fête.

Le pape Gélase, en 472, fit supprimer cette cérémonie. Néanmoins, le nom de Chandeleur est encore conservé dans nos campagnes.

Source : LÉVY (Albert) — La Légende des mois (Paris, Librairie Hachette et Cie, 1879)

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Source : QUÉNARD (Abbé J.B.) — Mon premier livre d’Histoire sainte (Paris, Librairie L’École, 1934, ilustr. René BESSON) 

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Présentation de Jésus au Temple de Jérusalem

dimanche 8 janvier 2017

Parenthèse poétique (04)

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En écho à la Fête de l’Épiphanie, rendons un hommage furtif à José-Maria de Hérédia, poète parnassien injustement tombé dans l’oubli. Son poème dédié à cette fête puise dans la tradition pour mieux la rendre enchanteresse, à l’oreille des petits et des grands.

 

 Épiphanie

 

Donc, Balthazar, Melchior et Gaspar, les Rois Mages,

Chargés de nefs d’argent, de vermeil et d’émaux

Et suivis d’un très long cortège de chameaux,

S’avancent, tels qu’ils sont dans les vieilles images.

 

De l’Orient lointain, ils portent leurs hommages

Aux pieds du fils de Dieu, né pour guérir les maux

Que souffrent ici-bas l’homme et les animaux ;

Un page noir soutient leurs robes à ramages.

 

Sur le seuil de l’étable où veille saint Joseph,

Ils ôtent humblement la couronne du chef

Pour saluer l’enfant qui rit et les admire.

 

C’est ainsi qu’autrefois, sous Augustus Caesar,

Sont venus, présentant l’or, l’encens et la myrrhe,

Les rois Mages Gaspar, Melchior et Balthazar.

 

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José-Maria de HÉRÉDIA.- Les trophées (Paris, Lemerre éditeur, 1893)

À propos de l'auteur, José-Maria de HÉRÉDIA, (1842-1905) Cf. le lien vers le site de l'Académie francaise — http://www.academie-francaise.fr/les-immortels/jose-maria-de-heredia?fauteuil=4&election=22-02-1894

 

En complément de la chronique que nous avions consacrée l’an dernier à l’Épiphanie — http://catechese.canalblog.com/archives/2016/01/03/33154794.html —, ajoutons les réponses érudites de Monseigneur Cauly aux trois questions-clefs que suggère cette fête de la manifestation de Dieu parmi nous.

  • Qu’est-ce que l’Épiphanie ?
  • Quelles sont les particularités liturgiques qui distinguent l’Épiphanie ?
  • Que faut-il faire pour célébrer dignement l’Épiphanie ?

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Source : CAULY (Mgr E.) — Le Catéchisme expliqué - dogme, morale, sacrements, culte - (Paris, J. de Gigord Éditeur, nouvelle édition, 319e à 352e mille, 1924)

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vendredi 30 décembre 2016

"Que rien ne te trouble..."

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Les vieux manuels de catéchisme nous parlent assez peu des saints, et encore moins des saints mystiques. Profitons alors de notre crépuscule calendaire pour éclairer l’Année nouvelle à la lumière de Sainte-Thérèse d’Avila, vraie sainte parmi les femmes, vraie femme parmi les saintes, à qui ce site catéchétique voue une vénération toute particulière. Accueillons 2017 sous les paroles réconfortantes et lucides de la Santa. Soudain tout nous paraîtra plus doux, plus serein, plus sain. Tellement plus saint aussi !

JG

Souhaitons-nous

une belle et sereine année,

riche de louanges et de prières.

Que la Paix soit avec vous !

PAROLES —

Nada te turbe, nada te espante ;

quien a Dios tiene, nada le falta.

Nada te turbe, nada te espante ;

sólo Dios basta.

Solo verses :

Todo se pasa, Dios no se muda,

La paciencia todo lo alcanza.

En Cristo mi confianza,

y de Él solo mi asimiento ;

en sus cansancios mi aliento,

y en su imitación mi holganza.

Aquí estriba mi firmeza,

aquí mi seguridad,

la prueba de mi verdad,

la muestra de mi firmeza.

Ya no durmáis, no durmáis,

pues que no hay paz en la tierra.

No haya ningún cobarde,

aventuremos la vida.

No hay que temer, no durmáis,

aventuremos la vida.

Texte : Sainte-Thérèse d’Avila

Musique : Jacques Berthier 

 

TRADUCTION —

Que rien ne te trouble, que rien ne t’effraie, tout passe, Dieu ne change pas, la patience obtient tout.

Celui qui possède Dieu ne manque de rien : Dieu seul suffit.

Élève ta pensée, monte au ciel, ne t’angoisse de rien, que rien ne te trouble.

Suis Jésus Christ d’un grand cœur, et quoi qu’il arrive, que rien ne t’effraie.

Tu vois la gloire du monde ? C’est une vaine gloire ; il n’a rien de stable, tout passe.

Aspire au céleste, qui dure toujours ; fidèle et riche en promesses, Dieu ne change pas.

Aime-le comme il le mérite, bonté immense ; mais il n’y a pas d’amour de qualité sans la patience.

Que confiance et foi vive maintiennent l’âme, celui qui croit et espère obtient tout.

Même s’il se voit assailli par l’enfer, il déjouera ses faveurs, celui qui possède Dieu.

Même si lui viennent abandons, croix, malheurs, si Dieu est son trésor, il ne manque de rien.

Allez-vous-en donc, biens du monde ; allez-vous-en, vains bonheurs : même si l’on vient à tout perdre, Dieu seul suffit.

Sainte Thérèse d’Avila

 

Ste

 « Il ne s’agit pas de craindre, mais de désirer. » Sainte-Thérèse d’Avila (Vie, 8,5)


dimanche 25 décembre 2016

Drôle d'aventure !

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Les vieux livres da catéchisme — comme les plus récents d’ailleurs — sont muets sur les détails de cette étrange nuit de Noël. Et pourtant, avouons qu’il y aurait matière à donner libre cours à notre imagination à propos de tout ce que nous ne saurons jamais sur le plus célèbre accouchement de l’humanité.

Alors, oublions un instant la portée spirituelle et théologique de l’événement. Et laissons-nous porter par l’ambiance du lieu et du moment. Posons-nous les questions que nous n’osons jamais soulever par crainte de paraître farfelu, impie ou iconoclaste. Trois postures suspectes que le divin enfant nous pardonnera volontiers, trop occupé qu’il est à téter le sein de sa mère.

Et d’abord, est-il vraiment né dans une étable ? La question n’a plus lieu d’être en ce jour, puisque notre précédente chronique — Installlons la crèche ! — a exploré le débat entre crèche et grotte. Cf- http://catechese.canalblog.com/archives/2016/11/27/34619025.html

 Inconscient ?

Joseph n’était-il pas quelque peu inconscient de répondre si vite aux injonctions du recensement ? Est-il sage de voyager de nuit, accompagné de sa compagne enceinte jusqu’aux yeux, pour satisfaire une simple démarche administrative ? Mieux n'aurait-il pas valu procrastiner quelques jours ? Assez bizarre quand même : d’ordinaire, un bon artisan a une sainte horreur de la paperasse administrative.

L’accouchement aurait-il été provoqué par un ange ? Marie, épuisée par ce long périple montagneux, ballotée sur son âne avançant cahin-caha sur une piste caillouteuse, a dû sursauter à l’apparition de l’ange qui la guide vers une grotte. Assez de quoi accélérer les contractions et de perdre les eaux, face à cet étrange être de lumière.

Joseph ne s’en est-il pas voulu de n’avoir rien prévu en gîte et couvert ? Trop optimiste, un brin tête en l’air, un rien négligent ? Impensable de lui ouvrir un procès pour « mise en danger de la vie d’autrui », lui qui nous protège si bien quand tout va de travers dans nos misérables vies.

Les bergers ahuris, tenus un peu à l’écart par un Joseph énervé, et surtout angoissé, n’auraient-ils pas requis une bergère pour servir de sage-femme ? Sans doute ont-ils gagné la gratitude des jeunes parents, quand bien même ces visiteurs impromptus sentaient horriblement le bouc.

Désinvolte ?

Accoucher sous les miasmes que répandent les grosses bouses du bœuf et l’urine fétide de l’âne, n’est-ce pas défier les règles élémentaires d’hygiène et de sécurité ?

Une mangeoire et de la paille pour berceau improvisé, n’est-ce pas le comble de l’improvisation totale ? Surtout pour une jeune mère qui s’affaire maladroitement à emmailloter son bébé, sous le regard perdu d’un père tout aussi empoté.

Bref, un artisan d’âge respectable, en concubinage notoire avec une jeune femme qui pourrait être sa fille, enceinte au moyen d’une mystérieuse PSA — procréation spirituellement assistée —   n’est-ce pas assez désinvolte pour faire jaser toutes les commères du village ?

Couple assez peu discret, de surcroît, puisqu’il aurait demandé asile partout, et — d'après la rumeur publique — se serait fort bien accommodé d’une troupe céleste d’anges euphoriques, claironnant dans le ciel et assumant dans la joie leur tapage nocturne.

Bref, une Sainte Famille bien spéciale, inimitable et incomparable. Preuve suffisante pour nous persuader que Dieu ne fait jamais les choses à moitié. Il vient partager notre condition humaine sous les traits d’un bébé qui, dès son premier cri, sait faire parler de Lui. Mieux qu’un conte de Noël, un joyeux épilogue pour une drôle d’aventure en Judée. Celle qui allait changer la face du monde.

JG

 §

« Ne craignez pas, car voici que je viens vous annoncer une bonne nouvelle,

qui sera une grande joie pour tout le peuple :

aujourd’hui vous est né un Sauveur. » (Luc, 2, 10-11)

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Dieu s’est fait homme

« Parce que rien n’est impossible à Dieu » (Luc, 1, 37)

§

 

Partout, portons la bonne nouvelle.

Saint Noël à tous.

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dimanche 27 novembre 2016

Installons la crèche !

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En ce premier jour de l’Avent, rejaillit le plaisir d’installer la crèche de Noël. Les anciens manuels de catéchisme sont muets sur cette coutume familiale quand bien même ils diffusent, à quelques nuances près, les mêmes archétypes sur les circonstances de la Nativité.

En marge de l’éducation religieuse, la crèche a sa propre histoire éveillant tout naturellement notre curiosité sur la nature du lieu et la présence de ses personnages.

Une idée originale de saint François d’Assise

La première « reconstitution » de la nuit de Noël remonterait au VIe siècle : dans l’église Sainte-Marie de Rome, était célébrée une messe mettant en scène des statues de la Vierge Marie, de Joseph, d’un âne et d’un bœuf.

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Simple imitation ou libre inspiration ? En 1223, à Greccio en Italie, pour la messe de Noël, François d’Assise installa une « crèche vivante » dans une grotte qui tenait lieu d’ermitage aux frères mineurs. Les gens du village se partageaient les rôles de Joseph, de Marie, des bergers, ajoutant âne et bœuf en figurants de chair. Selon le témoignage de Thomas de Celano, son biographe, François se prosterna devant la crèche et prit un enfant dans ses bras. En Italie comme en Provence, les frères franciscains reproduiront un peu partout ce « génial coup de com’ », propice à conjuguer évangélisation et piété populaire.

Avec le même souci de mise en scène, vont alors se répandre l’installation de crèches en modèles réduits. La première, commandée par le pape Onofrio IV, remonterait à 1283. Dans le mouvement de la Contre-Réforme, les Jésuites installent un prototype de crèche en modèle réduit à Prague en 1582, et multiplient ce modèle dans toute l’Europe, à raison du vif succès que recueille la messe de Noël.

L’apparition des crèches dans les familles s’avère plus tardive, à partir du XVIIe siècle, avec Naples pour berceau : la haute bourgeoisie adopte le style baroque, richement orné,  dans le façonnage des personnages de la crèche.

En France, la coutume d’une « crèche à la maison » s’installe lentement au cours de la Révolution, depuis que sont proscrites toutes représentations publiques. Dès la fin du XIXe siècle, elle prolifère plus vite encore en Provence avec les fabrications artisanales de santons — santouns, en provençal = petits saints —, sculptés dans l'argile, librement inspirés d’une pastorale provençale associant les figures du terroir et les métiers du village.

Une crèche située « quelque part »

Selon l'évangile de Luc, (Lc, 2, 8-20), Marie a déposé l'enfant Jésus dans la mangeoire d'une étable. Solution de fortune face à l’inhospitalité des villageois de Bethléem ? Rien n’est moins sûr. Jésus serait né dans une étable parce qu’il n’y avait plus de place dans la « salle commune » réservée aux hôtes. Le mot latin de la Vulgate, præsepium, désignerait plutôt une étable à l’étage inférieur d’une maison typique de Palestine : une sorte de patio dans une cour fermée en plein air, là où les familles parquent d’ordinaire leurs animaux. Un lieu sans doute plus commode pour accoucher, permettant de trouver chaleur et discrétion, loin de la promiscuité des relais de caravanserail. Joseph et Marie auraient donc été accueillis par un proche ou une personne charitable. Cette péripétie n’enlève rien à la rusticité du lieu puisque le divin enfant fut déposé dans une mangeoire, — cripa en latin —, d’où procède le mot « crèche ».

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L’hypothèse de la naissance dans une grotte, popularisé dès le IIe siècle par le Protévangile de Jacques, évoque probablement ces maisons édifiées à flanc de collines, près desquelles une grotte servait d’étable.

Au VIIIe siècle, une autre version fait œuvre consensuelle. Dans l’évangile du Pseudo-Matthieu, grotte et étable sont associées à la Nativité. Sur l’ordre pressant d’un ange, Marie entre dans une grotte éclairée d’une lumière miraculeuse. Elle s’y repose et y accouche. Ce n’est que deux jours plus tard qu’elle prend refuge dans une étable, et dépose Jésus dans une mangeoire, sous les regards sans doute ahuris du bœuf et de l’âne, deux animaux que le prophète Isaïe évoquait déjà dans son Réquisitoire contre Juda  : « Le bœuf connaît son possesseur et l’âne la crèche de son maître. » (Is 1, 3)

Une crèche animée de personnages

Saint Luc est précis dans la description des personnages : l’enfant Jésus, Marie, Joseph, des bergers avec leurs moutons.  L’évangile apocryphe du Pseudo Matthieu (VIe ou VIIe siècle), y ajoute l'âne et le bœuf, tous les deux introuvables dans les évangiles. Selon la Légende dorée, rédigée en 1261 par le dominicain Jacques de Voragine, archevêque de Gênes, le bœuf serait l’unique tête de bétail qui suivait Joseph pour être vendu. L’âne, lui, servait de monture à Marie enceinte.

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Que Jésus soit né dans une domus selon Matthieu ou dans un præsepium selon Luc, l’imaginaire de la crèche insiste sur le dépouillement extrême de la naissance du Christ. Il offre surtout un cadre métaphorique et fort émouvant au plus célèbre accouchement du monde, celui qui allait changer le destin de l’humanité… Une raison suffisante pour porter nos plus belles prières devant la crèche de Noël.

JG

§§§

 

Vienne la rosée sur la terre !

Vienne la rosée sur la terre, 
Naisse l'espérance en nos cœurs ; 
Brille dans la nuit la lumière, 
Bientôt va germer le Sauveur. 
Au désert un cri s'élève, 
Préparez les voies du Seigneur. 

Berger d'Israël, tends l'oreille, 
Descends vite à notre secours ; 
Et nos yeux verront tes merveilles, 
Nos voix chanteront ton amour. 
Fille de Sion, tressaille ; 
Le Seigneur déjà vient vers toi. 

Réveille, Ô Seigneur ta vaillance, 
Etablis ton règne de paix ; 
Que les peuples voient ta puissance, 
Acclament ton nom à jamais. 
L'univers attend ta gloire, 
Et nous préparons ton retour.

§§§ 

samedi 15 octobre 2016

Signons-nous !

 

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Rares sont les anciens livres de catéchisme à évoquer le signe de croix. Comme si ce geste, enseigné au tout début de l’instruction religieuse, ne méritait ni explication ni méditation. Tout simplement parce que tout le monde l’adopte sans même s’interroger.

Et pourtant, le Catéchisme de l’Église catholique le consacre à sa façon, l’érigeant en réflexe matutinal de notre foi : « Le chrétien commence sa journée, ses prières et ses actions par le signe de croix.» (§ 2157) 

Assez prudent, cet usage du présent de l’indicatif ! S’agit-il d’une injonction suggérant son autorité ou d’une recommandation valant normalité ? Difficile de trancher. Considérons alors le signe de croix pour ce qu’il représente : un geste introductif dans le temps de notre journée, un prélude dans l’espace de nos actes, empruntant la sémantique du courage, cette « vertu inaugurale du commencement » chère à notre ami Charles Péguy. Un geste emblématique dont la puissance se nourrit dans la fusion de l’histoire et de la liturgie.

Un signe de reconnaissance

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Avant de venir un signe d’appartenance à la communauté chrétienne, au cours du IIIe siècle de notre ère, le signe de croix valait simple geste de pénitence. Selon la tradition du Dieu colérique de l’Ancien Testament, le prophète Ézéchiel traçait de son doigt la lettre Tav — la dernière lettre de l’alphabet hébreu, signifiant « ici » ou « maintenant », en phénicien, autre langue sémitique —, sur le front des personnes s’exposant à la colère divine. Certes ce signe ne ressemblait pas véritablement à une croix, mais il valait exhortation et prière. Les hommes ainsi « estampillés » de ce signe frontal n’étaient-ils pas censés échapper à la destruction de Jérusalem ?

« Parcours la ville, parcours Jérusalem et marque au front les hommes qui gémissent et qui pleurent sur toutes les abominations qui se pratiquent au milieu d’elle... Quiconque portera la croix au front, ne le touchez pas. » (Ez IX,  4-6)

Après la crucifixion de Jésus, cet acte pénitentiel prend une signification revendicative. Le symbole de la croix se substitue à la lettre Tav comme symbole de la mort et de la résurrection du Christ, comme une proclamation ostensible de sa foi. Et pour être encore plus voyant, le geste ne se cantonne plus au front, il s’empare du corps.

En un seul geste, le signe de croix devient dès lors la plus courte prière, affichant trois pieuses résolutions : vouer sa journée à la Gloire de Dieu en la plaçant sous la protection de la sainte Trinité, accueillir la croix dans sa vie, rappeler le sacrifice d’amour de Jésus et le salut de l’humanité.

Mieux encore qu’une prière, il vaut examen de conscience sur nous-mêmes en résumant quotidiennement le but de notre vie : « aimer Dieu de tout son cœur, de toute son âme de toute ses forces » — verticalité du signe — et « aimer son prochain comme soi-même » — horizontalité du signe —. Avec la ponctuation finale du « Amen », pour appuyer son propos : « Ainsi soit-il », « en vérité », « telle est ma foi ». Un seul petit mot à trois sens, comme une réitérative proclamation !

Un rite d’invocation

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Des sources écrites convergent dès le IIIe siècle pour attester que le signe de croix est devenu dès cette époque un rite d’invocation. Origène (185-253) rappelle que les chrétiens se signent sur le front avant de se mettre à la tâche, notamment avant de pratiquer la lecture des Écritures ou de s’adonner à la prière.

À Carthage, son contemporain Tertullien (150-220) reconnaît là un rite habituel que les chrétiens accomplissent tantôt pour se placer sous la protection de la sainte Trinité, tantôt pour marquer leur appartenance à la communauté chrétienne.

Il faudra attendre la deuxième moitié du IVe siècle pour que ce geste prenne forme idiomatique : Jean Chrysostome (344-349), archevêque de Constantinople, sera parmi les premiers à évoquer et consacrer le « signe de la croix ».

Au cours du IVe concile du Latran (1215), le pape Innocent III veillera à codifier la gestuelle du signe de croix sur des critères métaphoriques :

« Le signe de la croix doit se faire avec trois doigts, parce qu'on le trace en invoquant la Trinité, dont le prophète dit : Il a soutenu sur trois doigts la masse de la terre. — Allusion au prophète Isaïe (Is. 40, 13) —. Il est tracé de haut en bas, et est ensuite coupé de droite à gauche, parce que Jésus-Christ est descendu du ciel en terre et a passé des Juifs aux Gentils. Certains, cependant, font le signe de la croix de gauche à droite, parce que nous devons passer de la misère à la gloire, tout comme le Christ a passé de la mort à la vie, et du séjour des ténèbres au paradis. »

Le signe de croix se pare aussitôt de dimensions symboliques :

  • Le mouvement vertical évoquerait la séparation de la lumière et des ténèbres, notre passage de la misère à la gloire, comme Jésus est passé de la mort à la résurrection. Il symboliserait aussi l’irruption de Dieu dans l’histoire en formalisant sa venue du Ciel (main en haut) à la Terre (main en bas).
  • Le mouvement horizontal évoquerait la séparation des eaux et de la terre, figurant la propagation de l’Esprit saint d’un bout du monde (main à gauche) à l’autre bout du monde (main à droite).

Richesse du sens. Plénitude des symboles. Solennité du geste. Seul problème : au moment d’accomplir le signe de croix, — cette prière la plus courte —, est-il vraiment possible de penser à tout cela ?

Tenons alors le signe de croix pour ce qu’il est, un geste réfléchi et appliqué. Une façon d’ouvrir son cœur à la protection de la Sainte Trinité et une humble demande de bénédiction face aux épreuves du quotidien.

Un geste lent et révérenciel surtout. Parce que nous devons nous faire tout petits face à Dieu. Alors signons-nous. Et n’oublions rien de la beauté du geste !

JG

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Le signe de la croix selon Tertullien

« À chaque pas, à chaque mouvement, en montant et en sortant, en revêtant nos vêtements ou en mettant nos chaussures, au bain, à table, quand on allume les lampes, en nous couchant, en nous asseyant, à toute occupation, nous marquons nos fronts du signe de la croix. »

Tertullien — De Corona, 3 (150-220, à Carthage)

§§§

Je vais tracer sur moi un beau signe de croix

mardi 20 septembre 2016

Comme un ange !

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À l’approche de la fête de l’Archange saint Michel, « protecteur de la France », (29 septembre) et de la fête des anges gardiens (2 octobre), le moment est propice de s’intéresser à la place que tiennent les anges dans les anciens manuels de catéchisme.

Situées souvent entre le chapitre consacré à la sainte-Trinité et celui voué à la création de l’homme et de la femme, les pages évoquant les anges occupent une place de choix même si elles entretiennent un certain mystère autour de ces étranges créatures célestes.

De prime abord, une hiérarchie est clairement établie : les anges sont « les plus parfaites créatures de Dieu » et ils campent « au sommet de la Création, au-dessus des hommes. » Une façon radicale de rabattre les prétentions prométhéennes des simples mortels que nous sommes.  

On y apprend aussi que les anges n’ont « pas de corps ». Leurs ailes plus ou moins  gigantesques, leur bonne bouille juvénile, leur tunique scintillante, leurs longs cheveux blonds bouclés, leur sourire d’ange, c’est pour le folklore de l’image pieuse. Et ils n’en sont pas peu fiers. Parce que cette beauté leur va bien, quand bien même l’apparence physique est le cadet de leurs soucis. Dénués d’enveloppe corporelle, ce sont de « purs esprits qui furent créés dans un état de sainteté et de bonheur ». Pour autant, comme serviteurs de Dieu, ils doivent « mériter la gloire éternelle par leur fidélité. » Cette fragilité existentielle nous les rend soudain sympathiques, à la simple idée qu’eux-aussi doivent quérir la miséricorde de Dieu dès que leur service laisse quelque peu à désirer.

On découvre surtout que la Création ne fut pas un épisode de tout repos. Corrompus par l’orgueil que peut éveiller l’insigne privilège de servir Dieu, certains anges — « un grand nombre » même — « se révoltèrent contre Dieu » jusqu’à devenir « démons », expédiés en enfer, d’où ils n’ont d’autres occupations que de « nous porter au mal par la tentation ».

Pour leur résister, nous avons le secours de la prière et l’assistance d’un « bon ange que Dieu nous donne à notre naissance. » Mieux qu’un ange messager, un ange gardien qui veille sans cesse sur nous. Dans la prière, il nous conseille et il nous guide. Dans l’épreuve, il nous console et il nous relève. Aucune importance si on préfère voir en lui notre « petite voix intérieure » ou notre « conscience intuitive » : notre ange gardien n’est pas susceptible. Il est toujours présent. Il insiste. Il ne se trompe jamais, inspiré qu’il est de l’Esprit saint. Alors n’oubliez pas d’honorer sa fête. Il vous en sera reconnaissant, au gré d’une grâce inattendue non moins que divine.

JG

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Source : PRIGENT (Chanoine) — Mon catéchisme illustré - cours moyen et supérieur (Paris, Libraire Saint-Joseph, s.d.)

PARENTHÈSE POÉTIQUE —

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Thème classique de la culture populaire du XIXe siècle : l’ange libérateur au chevet de l’enfant mourant, comme l’évoque Jean Reboul en un poème fort émouvant. 

L’ange et l’enfant

Un ange au radieux visage,

Penché sur le bord d’un berceau,

Semblait contempler son image

Comme dans l’onde d’un ruisseau.

 

« Charmant enfant qui me ressemble,

Disait-il, oh ! viens avec moi ;

Viens, nous serons heureux ensemble

La terre est indigne de toi.

 

«  Là, jamais entière allégresse,

L’âme y souffre de ses plaisirs ;

Les airs de joie ont leur tristesse

Et les voluptés leurs soupirs.

 

« La crainte est de toutes les fêtes,

Jamais un jour calme et serein

Du choc des vents et des tempêtes

N’a garanti le lendemain.

 

« Eh quoi ! les chagrins, les larmes,

Viendraient flétrir ton front si pur,

Et, dans l’amertume des larmes,

Se terniraient tes yeux d’azur ?

 

«  Non, non, dans les champs de l’espace

Avec moi tu vas t’envoler ;

La Providence te fait grâce

Des jours que tu devais couler.

 

«  Que personne dans ta demeure

N’obscurcisse ses vêtements ;

Qu’on accueille ta dernière heure

Ainsi que tes premiers moments.

 

«  Que les fronts y soient sans nuage,

Que rien n’y révèle un tombeau ;

Quand on est pur comme à ton âge,

Le dernier jour est le plus beau. »

 

Et, secouant ses blanches ailes,

L’ange à ces mots prit son essor,

Vers les demeures éternelles…

Pauvre mère ! Ton fils est mort.

 

Jean REBOUL (1796-1864)

J

À propos de l’auteur, Cf. le lien vers le site ad hoc —

http://www.nemausensis.com/Nimes/JeanReboul/JeanReboul.htm

 

 

 

 

Ange-11a

Ange-11b

Source : CAULY (Mgr E.) — Le Catéchisme expliqué - dogme, morale, sacrements, culte - (Paris, J. de Gigord Éditeur, nouvelle édition, 319e à 352e mille, 1924)

Ange-04

Source : Abbé L. de C. — Je crois en Dieu - L'enseignement religieux en 400 images (Paris, Librairie des Catéchismes, 1906)

Ange-09

Source : QUINET (Chanoine) — Explication simple et pratique de mon Catéchisme (Paris, Librairie L’École, 1938, Illust. Pierre ROUSSEAU)

Ange-06 

Source : Catéchisme à l’usage des diocèses de France (Marseille, éditions Publiroc, illust. Jules BRETON, s.d.)

Ange-10 

Source : FATIEN (B.) — Récits d’Histoire sainte - cours élémentaire (Paris, Librairie d’éducation A. Hatier, 15e édition, s.d.)

Ange-08 

Source : QUINET & BOYER  — Petit catéchisme et messe en images (Tours, Mame, 1941, illust. Pierre ROUSSEAU)

***

 

 

 

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jeudi 25 août 2016

Parenthèse poétique (03)

Angelus-Millet

Les anciens manuels de catéchisme accordent une place assez marginale à l’Angelus alors que cette prière rythmait jadis, trois fois par jour, la vie de nos villages.

Célébrant tout à la fois l’Annonciation faite à Marie, l’incarnation du Fils de Dieu dans le sein d’une jeune vierge sur la terre d’Israël, l’intervention de l’Esprit saint par lequel le Verbe devient chair, elle imprègne les grands mystères chrétiens d’une piété populaire qui s’enracinera longtemps au fil des siècles.

En 1476, le pape Sixte IV ritualise sa pratique, à l’appui de trois Ave Maria, à des horaires variables selon les régions et le calendrier agraire, — bien souvent 6 heures, midi et 18 heures —. Avant cette consécration, l’histoire de l’Angelus se perd en conjectures, même si la première croisade prêchée par Urbain II semble déterminante dans l’adhésion que cette prière reçut aussitôt. Selon la tradition, c’est à saint François que l’on prête d’en avoir eu l’idée en tout premier, inspiré qu’il fut, lors de son voyage en Orient, par les appels cadencés à la prière du haut des minarets.

Dans ce qu’il reste aujourd’hui de notre culture religieuse quelque peu délabrée, l’Angélus est aujourd’hui indissociable de l’œuvre éponyme de Jean-François Millet.

Il suffit de lire le poème de Jules Lemaître pour que ce tableau s’anime, soudain, au soleil couchant, dans le silence du recueillement. La cloche sonne, une petite brise se lève, les visages s’inclinent, le temps de trouver les mots pour rendre grâce à la Vierge Marie. Dans la sueur et les courbatures, l’Ave Maria ravive l’âme et célèbre la communion intime du labeur et de l’oraison. Impossible dès lors de prier Marie sans méditer la ferveur de l’Angelus, portée par le soulagement délicieux du travail accompli. Juste ce qu’il faut pour se donner, dès le lendemain, autant de cœur à l’ouvrage !

JG

§§§

L’Angelus

 

C’est la fin d’un beau jour de l’arrière-saison ;

Le soleil, descendu de nuage en nuage,

Dore plus faiblement le riant paysage

Et de ses derniers feux empourpre l’horizon.

 

Occupés dans un champ, une fille, un garçon,

À l’appel du lieu saint, ont cessé leur ouvrage ;

C’est l’Angelus qui tinte au clocher du village.

Et la cloche et leurs cœurs vibrent à l’unisson.

 

Elle, joignant les mains, pieusement s’incline,

Lui, d’un large béret, qu’il tient sur sa poitrine,

A découvert son front par le hâle bruni ;

 

Et la brise du soir, passant sur la prairie,

S’élève et va porter à la Vierge Marie

Des humbles travailleurs le cantique béni.

 

Jules LEMAÎTRE

Jules-Lemaitre

À propos de l’auteur, Cf. lien vers le site Académie française

http://www.academie-francaise.fr/les-immortels/jules-lemaitre

Angelus-01

Angelus-02 

Source : Catéchisme à l’usage des diocèses de France (Marseille, éditions Publiroc, illust. Jules BRETON, s.d.) 

Annonciation-06

Source : Catéchisme à l’usage des diocèses de France (Marseille, éditions Publiroc, illust. Jules BRETON, s.d.) 

ANGELUS en latin chanté