Quete-W

Comme un clin Dieu, en écho à notre dernière chronique, la quête fait reparler d’elle ces derniers jours. Et au plus haut sommet ! Puisque la presse nationale s’empare du sujet au détour d’une expérience ecclésiale qui ne manquerait pas de faire sourire notre ami Arthur (Rimbaud). « Il faut être absolument moderne », adjurait l’homme aux semelles de vent.

Alors l’Église s’invente une modernité en œuvrant à la promotion de la « quête connectée » au moyen du paiement sans contact. Autrement dit, sortez votre carte bleue ! Une dépêche AFP reprise par la plupart des grands titres de la presse relaie cette grande première qu’inaugure l’église Saint-François de Molitor dans le XVIe arrondissement de Paris.

Cf. lien vers article ad hoc — Le Figaro, 18 I 2018

Après les consommations courantes de notre vie terrestre, voilà que le paiement sans contact s’empare de notre vie spirituelle.

Entre la liturgie de la Parole et celle de l’Eucharistie, surgit une œuvre de dématérialisation, avec la complicité de votre banque, sans même l’intercession de l’Esprit Saint.

Osons un regard catéchétique…

Quete-X

Puisqu’il est souvent de mauvais ton de railler le « progrès », accueillons cette innovation comme elle vient, avec un regard catéchétique de paroissien bienveillant. Côté catéchèse, osons la franchise !

Comment interpréter l’intrusion de la technologie financière le Jour du Seigneur, point d’orgue de notre foi ? Dans la diversité tellement humaine de nos communautés paroissiales, les fidèles peuvent-ils se reconnaître dans ce culte du modernisme à tout prix ? Rien n’est moins sûr…

Les paroissiens « pharisiens »  — par charité chrétienne, gageons qu’il en existe très peu — seront comblés. Sortir la carte bleue au moment de la quête permettrait de « se la jouer un peu ». Juste le temps de l’offrande, montrer qu’ils sont « branchés », ouverts au progrès, peu troublés par l’ostentation.

Les paroissiens pauvres, — interdits bancaire, démunis de carte bleue ou de smartphone à écran tactile —, n’auront pas accès à cette offrande, indice de standing. En chrétiens miséricordieux, notre cœur éprouve à cet instant un certain malaise. Là où soudain la parabole de la pauvre veuve est quelque peu écornée. Puisque l’amour voué à Dieu ne saurait être réductible à la somme versée… « Discrimination, exclusion, stigmatisation » : la novlangue en vogue ne manquera pas de nous culpabiliser.

Les paroissiens généreux auront un cas de conscience à résoudre. Comment donner une somme supérieure à dix Euros, puisque l’écran ne prévoit pas une somme supérieure ? Devront-ils actionner autant de fois leur carte bleue qu’ils veulent offrir de multiples de dix ? Imaginons l’embarras du donateur contraint de monopoliser quelques temps la corbeille magique. La belle aumône perd en discrétion ce qu’elle gagne en bonté.

Les paroissiens radins ne seront guère plus à l’aise. Comment donner moins de deux Euros sans se faire remarquer ? À vouloir imposer une somme minimum, la quête connectée ne suggère-t-elle pas une « offrande forcée » ? Un « contrat d’adhésion » à prendre ou à laisser ? De toute évidence, le droit des obligations est incompatible avec la liberté absolue de l’offrande.

 … Et assumons le doute paroissien !

Quete-Z

Les paroissiens mineurs, les enfants du catéchisme, n’ayant pas « la personnalité juridique pour faire acte de commerce » dixit le code civil, n’ont pas accès à ce mode de paiement — pardon, à ce mode d’offrande —. Curieuse manière de les sensibiliser au sens liturgique de l’offertoire.

Les paroissiens distraits seront en proie au désarroi. « Zut, mon téléphone est en panne de batterie » ou « j’ai oublié mon téléphone à la maison », pesteront-ils en murmurant dans les rangs.

Les paroissiens vertueux auront la courtoisie pour solide alibi. Le temps de la messe, n’est-il pas raisonnable d’éteindre son portable ? Tout simplement parce que le Père, le Fils et l’Esprit Saint ont des moyens beaucoup plus subtils pour nous appeler.

Les paroissiens rebelles préféreront manifester leur attachement indéfectible au geste de la main qui lâche dans la corbeille une monnaie sonnante et trébuchante. Synthèse intime de l’aumône et de l’offrande, du don de soi et du présent librement consenti. Parce que le geste ne saurait, d’aucune manière, être « dématérialisé ».

Oui, assumons notre doute paroissien : la quête connectée est-elle vraiment chrétienne ? À vouloir « dématérialiser » l’offrande, que gagne-t-elle en spiritualité ?

Nous revient aussitôt à l’esprit la cinglante apostrophe du Christ : « Mais toi, quand tu fais l’aumône, que ta main gauche ignore ce que fait ta main droite, afin que ton aumône reste dans le secret ; ton Père qui voit dans le secret te le rendra. » (Mt 6, 3-4)

Exhiber son portable, appuyer sur un bouton indiquant le « montant choisi », attendre le feu vert validant la « transaction », est-ce vraiment la meilleure façon d’accueillir la Parole de Jésus ? Pire encore, que devient la signification substantielle de l’offrande ? Est-ce une quête connectée au banquier ou au Seigneur ? Au-delà de ces questions de bon sens, allons plus loin encore.

Pourquoi l’Église n’ouvrirait-elle pas davantage la porte à la « dématérialisation » ? Via Skype ou Whatsapp, — des applications gratuites — pourquoi ne pas proposer des sacrements de pénitence dématérialisés ? Sur Instagram, une adoration du Saint Sacrement en images ou en animations ? Sur nos écrans tactiles, à toute heure,  des sacrements de l’Eucharistie, avec hostie consacrée et dématérialisée ?

Du haut de ses deux milles ans, pourquoi l’Église cèderait-elle à un caprice bassement séculier ? Le sacré a-t-il besoin d’emprunter aux apparences de la modernité ? Et la modernité a-t-elle besoin d’abîmer le sacré pour faire illusion ?

Pour communier à l’essentiel et retrouver le sens profond de l’offrande, méditons ces questions au moment de la quête, en jetant de vraies pièces dans la bonne vieille corbeille en osier, connectée à notre Seigneur et non à notre banquier !

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Pour un regard un peu plus liturgique sur la quête, revisitez via ce lien notre précédente chronique — Enquête sur la quête

Ou en format PDF — Quete_FIP_14I2018

Autre mode de quête connectée, plus atemporelle et plus discrète. L'application "La Quête", pour donner à l'Eglise, tout simplement !

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