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Entre l’histoire sainte, les dogmes et la liturgie, les anciens manuels de catéchisme ne laissent aucune place au chant, preuve que l’enfant n’avait jadis guère sa place dans l’animation de l’office.

Cette remarque impromptue offre le prétexte d’ouvrir une joyeuse parenthèse sur le chant grégorien : clin d’œil de circonstances pour redécouvrir ce puissant "chant de l’âme" que l’Église perpétue depuis le haut Moyen-Âge…

Un pape précurseur

Pape-Gregoire

Le Grégorien, « chant propre de l’Église romaine » (Vatican II, Constitution sur la sainte Liturgie), fut longtemps attribué au pape saint Grégoire le Grand (590-604). Tradition aussi tenace qu’abusive. Pour avoir fixé le texte des prières romaines, les pièces chantées à la messe et la structure mélodique de base héritée de Rome, pour être aussi le créateur de la première école de chantres, — la schola cantorum —, l’histoire lui reconnaît, à juste raison, son statut de codificateur du plain-chant.

Pour autant, est-il vraiment « l’inventeur » du Grégorien ? Rien n'est moins sûr. Certes le raccourci est commode, — quand bien même le chant dit « grégorien » existait avant lui —, mais les puristes nous dissuadent de toute simplification.

Première nuance : le « plain-chant » n’est pas synonyme de « chant grégorien ». Si bien que certains milieux monastiques cantonnent la technique du « plain-chant » aux seules compositions réalisées entre le XVIIe et XVIIIe siècles.

Un empereur inspiré

Charlemagne

Deuxième nuance : dès son origine, le Grégorien a toujours fait œuvre de synthèse. À la confluence des traditions romaines et franques, sa diffusion participa à la Réforme carolingienne, que Charlemagne mena jusqu’au bout de son règne pour unifier son Empire, tant sur le plan administratif et judiciaire, que sur le terrain culturel et cultuel. Au terme de fastidieuses querelles entre chantres romains et francs, les premières notations manuscrites, si indispensables pour préserver l’intelligence du rythme et la façon d’interpréter, ont permis d’asseoir une certaine unanimité au cours du Xe siècle. Point d’orgue de la Renaissance carolingienne qui consacra le retour en force de la latinité, grâce aux « barbares » érudits œuvrant dans le silence des monastères.

Troisième nuance : la façon de chanter le grégorien fut empêtrée dans de controverses sybillines tout au long des siècles. Au XVIIIe siècle, un moine bénédictin de Solesmes, Dom Guéranguer, se proposa d’arbitrer entre tradition médiévale et contagion des Temps modernes. Avec l’ambition de restaurer « l’expression parfaite de la prière liturgique ». Sa réforme ouvrit la voie à de nombreux travaux que l’Édition vaticane reprit à son compte au début du XXe siècle.

Signe réconfortant que le chant grégorien, tel l’Évangile, est toujours en marche. « Chant de l’âme », il se trouvera toujours bien dans son siècle, puisqu’il est voué à l’éternité…

JG

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 Rendez-vous samedi 19 mars !

À propos de l’office divin, un commentateur anonyme du XVIIIe siècle, dont les observations ont été consignées en 1771 dans le Dictionnaire de Trévoux, écrit : « Dans les Antiennes, le chant est uni et doux ; dans les Introït, il est élevé, pour exciter à chanter les louanges de Dieu. Dans les Alleluia et les Versets, il est doux et inspire la joie ; dans les Traits et dans les Graduels, il est allongé, traînant, modeste, humble ; dans les Offertoires et Communions, il tient un certain milieu. »

Toutes ces nuances, venez les savourer samedi 19 mars prochain à l’église saint-Pierre de Montmartre.

Là où le chant grégorien viendra éclairer l’imminente Joie de Pâques.

Là où le chant et la prière s’unissent pour mieux méditer encore notre Carême.

Affiche-Gregorien

Gregorian Chant- Crux fidelis, Karfreitag

 Pour tout savoir (ou presque) sur le chant grégorien, Cf. le site ad hoc — http://www.abbayedesolesmes.fr/lhistoire