Bergers-04

Les vieux livres da catéchisme — comme les plus récents d’ailleurs — sont muets sur les détails de cette étrange nuit de Noël. Et pourtant, avouons qu’il y aurait matière à donner libre cours à notre imagination à propos de tout ce que nous ne saurons jamais sur le plus célèbre accouchement de l’humanité.

Alors, oublions un instant la portée spirituelle et théologique de l’événement. Et laissons-nous porter par l’ambiance du lieu et du moment. Posons-nous les questions que nous n’osons jamais soulever par crainte de paraître farfelu, impie ou iconoclaste. Trois postures suspectes que le divin enfant nous pardonnera volontiers, trop occupé qu’il est à téter le sein de sa mère.

Et d’abord, est-il vraiment né dans une étable ? La question n’a plus lieu d’être en ce jour, puisque notre précédente chronique — Installlons la crèche ! — a exploré le débat entre crèche et grotte. Cf- http://catechese.canalblog.com/archives/2016/11/27/34619025.html

 Inconscient ?

Joseph n’était-il pas quelque peu inconscient de répondre si vite aux injonctions du recensement ? Est-il sage de voyager de nuit, accompagné de sa compagne enceinte jusqu’aux yeux, pour satisfaire une simple démarche administrative ? Mieux n'aurait-il pas valu procrastiner quelques jours ? Assez bizarre quand même : d’ordinaire, un bon artisan a une sainte horreur de la paperasse administrative.

L’accouchement aurait-il été provoqué par un ange ? Marie, épuisée par ce long périple montagneux, ballotée sur son âne avançant cahin-caha sur une piste caillouteuse, a dû sursauter à l’apparition de l’ange qui la guide vers une grotte. Assez de quoi accélérer les contractions et de perdre les eaux, face à cet étrange être de lumière.

Joseph ne s’en est-il pas voulu de n’avoir rien prévu en gîte et couvert ? Trop optimiste, un brin tête en l’air, un rien négligent ? Impensable de lui ouvrir un procès pour « mise en danger de la vie d’autrui », lui qui nous protège si bien quand tout va de travers dans nos misérables vies.

Les bergers ahuris, tenus un peu à l’écart par un Joseph énervé, et surtout angoissé, n’auraient-ils pas requis une bergère pour servir de sage-femme ? Sans doute ont-ils gagné la gratitude des jeunes parents, quand bien même ces visiteurs impromptus sentaient horriblement le bouc.

Désinvolte ?

Accoucher sous les miasmes que répandent les grosses bouses du bœuf et l’urine fétide de l’âne, n’est-ce pas défier les règles élémentaires d’hygiène et de sécurité ?

Une mangeoire et de la paille pour berceau improvisé, n’est-ce pas le comble de l’improvisation totale ? Surtout pour une jeune mère qui s’affaire maladroitement à emmailloter son bébé, sous le regard perdu d’un père tout aussi empoté.

Bref, un artisan d’âge respectable, en concubinage notoire avec une jeune femme qui pourrait être sa fille, enceinte au moyen d’une mystérieuse PSA — procréation spirituellement assistée —   n’est-ce pas assez désinvolte pour faire jaser toutes les commères du village ?

Couple assez peu discret, de surcroît, puisqu’il aurait demandé asile partout, et — d'après la rumeur publique — se serait fort bien accommodé d’une troupe céleste d’anges euphoriques, claironnant dans le ciel et assumant dans la joie leur tapage nocturne.

Bref, une Sainte Famille bien spéciale, inimitable et incomparable. Preuve suffisante pour nous persuader que Dieu ne fait jamais les choses à moitié. Il vient partager notre condition humaine sous les traits d’un bébé qui, dès son premier cri, sait faire parler de Lui. Mieux qu’un conte de Noël, un joyeux épilogue pour une drôle d’aventure en Judée. Celle qui allait changer la face du monde.

JG

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« Ne craignez pas, car voici que je viens vous annoncer une bonne nouvelle,

qui sera une grande joie pour tout le peuple :

aujourd’hui vous est né un Sauveur. » (Luc, 2, 10-11)

Bergers-02

Dieu s’est fait homme

« Parce que rien n’est impossible à Dieu » (Luc, 1, 37)

§

 

Partout, portons la bonne nouvelle.

Saint Noël à tous.