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Rares sont les anciens manuels de catéchisme à évoquer l’Assomption. Parce que jusqu’au milieu du XXe siècle, l’entrée de Marie dans la gloire de Dieu — âme et corps — embarrasse quelque peu l’Église, dans sa dimension théologique comme dans sa formulation pédagogique.

Héritage d’une tradition séculaire nourrie de piété populaire, cette fête reçoit une consécration religieuse fort tardive : ce n’est que le 1er novembre 1950 que le Pape Pie XII l’érige en « dogme de foi divinement révélé par Dieu ».

Ce dogme fait lui-même écho à un autre dogme, consacré presque cent ans avant, celui de l’Immaculée Conception (1854). Le culte marial redoubla alors d’une telle ferveur religieuse qu’un puissant mouvement de pétitions décida le Saint Siège à promouvoir la fête de l’Assomption en dogme établi.

Mystérieuse Assomption

Les textes retranscrits ci-dessous restituent l’Assomption dans ses dimensions historiques et spirituelles. À leur lecture, entre les lignes, jaillissent deux messages implicites qui grandissent la force du mystère.

L’Assomption relève tout d’abord de la tradition. Tradition ? Sous ce vocable consensuel, — à l’anonymat énigmatique —, se mélangent pêle-mêle les contributions de saint Ephrem, d’Épiphane de Salamine, de Grégoire de Tours, de Jean Damascène. Les unes et les autres procèdent de sources apocryphes, contradictoires, peu conciliables. Impossible notamment de s’accorder sur l’âge du décès de Marie, sur les circonstances de son trépas, sur les lieux de son inhumation. Néanmoins, une solide convergence corrobore trois faits : Marie est ressuscitée, sa chair n’a pas connu la corruption, elle est montée au ciel.

L’Assomption suggère en outre une curiosité subsidiaire — et non moins enfantine — que n’aborde aucun livre de catéchisme. Que signifie ce mode ascensionnel ? Jésus quitte les siens en les laissant témoins de son Ascension vers le Père. Marie est « enlevée au ciel », mais les récits ne livrent aucun détail. Le prophète Élie est enlevé au ciel par un tourbillon, lors d’une étrange tempête d’où surgit « un char et des chevaux de feu » (2 Rois 2, 11). Pourquoi eux trois et personne d’autres, dans la multitude des personnages jalonnant l’Écriture sainte ? Comment interpréter l’insigne faveur de cet état glorieux ? Quelle est la portée eschatologique de cet ascenseur céleste ? À l’échelle de notre humble condition humaine, sur notre chemin chaotique de sainteté, une vie de méditation suffirait-elle à percer ce mystère ? Peu importe à vrai dire, puisque la Foi se nourrit de troublantes questions comme celles-ci et qu’elle nous offre surtout, dixit saint Paul, « un moyen de connaître des réalités qu’on ne voit pas. » (He 11, 1)

Merveilleuse Assomption

Plus prosaïque, et non moins évocatrice, la signification contemporaine de la fête de l’Assomption pour notre identité chrétienne, si mal menée aujourd’hui. Reconnaissons, avec un plaisir non dissimulé, qu’une conjonction de paradoxes vient conforter l’expression de notre foi.

Premier paradoxe : la fête de l’Assomption célébrant le Royaume de Marie est consacrée par un roi de France bien avant de l’être par le Pape. Elle procède d’un vœu royal, celui de Louis XIII qui, le 15 août 1638, confia le royaume de France à la Vierge Marie, pour lui rendre grâce de voir sa femme Anne d’Autriche enceinte du fils qu’ils attendaient depuis si longtemps, le futur Louis XIV. La fête de l’Assomption prit dès lors une forte résonance monarchique, tout à la gloire du culte marial.

Deuxième paradoxe : depuis ce mois d’août 1638, la fête de l’Assomption est un jour férié. Une disposition de bon sens, permettant aux sujets du Roi de se rendre à la messe, qu’aucun régime, impérial ou républicain, n’osera remettre en cause. Preuve manifeste que notre République a su, jusqu’alors, assumer ses racines chrétiennes…

Troisième paradoxe : les bigots maçonniques de la laïcité, — si affairés à abaisser la religion en sous-culture, au nom d’un « vivre-ensemble » vide de substance et d’Espérance —, ne s’aventurent pas à remettre en cause ce jour férié du mois d’août. Preuve que notre Marianne révolutionnaire, déesse tristounette du relativisme, n’aura jamais le merveilleux charisme de la Vierge Marie. Forts de notre foi, fêtons en chœur la Reine du ciel, Médiatrice de toutes les grâces. Même si la propagande télévisuelle nous explique qu’au nom de la « concorde nationale », la foi doit rester cloîtrée dans la sphère privée, restons fidèles aux processions publiques qui honorent la Vierge Marie dans les villes et villages de France. Et tant pis si notre engagement chrétien n’est pas politiquement correct…

JG

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Source : WALSH (M. le vicomte) — Tableau poétique des fêtes chrétiennes (Paris, Librairie Blériot, nouvelle édition, s.d.) 

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Médiatrice de toutes les grâces

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La Sainte Vierge fut soumise à la loi commune de la mort, sans doute parce qu’elle fût, par là encore, plus semblable à Jésus-Christ, modèle de tous les élus.

Cette bienheureuse mort arriva à une date impossible à fixer. Des traditions la placent différemment depuis la 60e année de la Sainte Vierge jusqu’à sa 72e année, ce qui correspondrait aux dates extrêmes de l’an 42 ou 54 de l’ère chrétienne. Ceux qui choisissent la première date concluent que les apôtres qui étaient encore présents à Jérusalem ont pu y assister.

La mort de la sainte Vierge est appelée par les anciens Père, dormition, c’est-à-dire sommeil. C’est que cette mort différa sensiblement des autres hommes. Marie ne devait mourir, dit saint Ildefonse, que d’amour de Dieu. Aussi, sans maladie ni souffrance, elle sembla s’endormir plutôt que mourir.

Ensevelie, ressuscitée, enlevée au ciel

Selon la tradition commune, Marie fut enterrée à Gethsémani, dans un tombeau que l’on montre encore de nos jours et qui est entre les mains de l’église arménienne. Une autre tradition, toutefois, la fait mourir à Éphèse.

On ne saurait dire combien de temps le corps de la Sainte Vierge resta au tombeau. La croyance commune est qu’après trois jours, il ressuscita glorieusement, sans avoir subi les atteintes de la corruption.

Marie ressuscitée fut enlevée au ciel. C’est ce que l’Église appelle son Assomption. On peut s’imagine l’accueil que lui firent les saints, les anges, son divin Fils et la Sainte-Trinité elle-même. Aussi l’Église, s’unissant à toute la cour céleste, célèbre solennellement le 15 août cet heureux événement, et en fait la principale fête de la Sainte Vierge, sous le rite de première classe, avec octave. Cette fête est chômée.

Couronnée Reine du ciel

On dit que Marie a été couronnée Reine du ciel, pour exprimer qu’elle a été placée, au ciel, au-dessus de toutes les créatures.

Ce rang suprême lui était dû en raison de sa dignité de Mère de Dieu et aussi de ses propres mérites, qu’aucune créature n’a jamais égalées.

De plus, on peut dire, dans un sens analogue, que Jésus-Christ, son fils, lui a mis le sceptre en main pour exprimer qu’il l’a investie d’un pouvoir souverain. C’est ce qui l’a fait nommer Toute-Puissance suppléante.

Beaucoup de statues de Marie la montrent sous l’aspect d’une reine, couronne en tête et sceptre en main.

Au ciel, Marie, partageant, par la vision béatifique la plus parfaite, la gloire et le bonheur de Dieu, partage aussi la puissance de son fils Jésus et sa bonté pour nous. Elle est aussi la trésorière et la dispensatrice libérale de toutes sortes de grâces, que nous pouvons obtenir par son intercession. De là, le titre, le titre de Médiatrice de toutes les grâces, qui se répand dans l’Église de nos jours.

Quelle confiance ce rôle ne doit-il pas nous inspirer en une Mère à la fois si bonne et si puissante !

Source : ***— La Sainte Vierge - cours moyen (Paris, Librairie catholique Emmanuel Vitte, 2e édition, 1947)

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Source : *** — Catéchisme à l’usage des diocèses de France (Marseille, éditions Publiroc, illust. Jules BRETON, s.d.)

La France, royaume de Marie

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Cette fête est comme le couronnement de toutes les solennités instituées en l’honneur de la très sainte Vierge. Elle a pour objet d’honorer la bienheureuse mort de l’auguste Vierge, sa résurrection et son entrée triomphale au ciel.

Marie, comme toutes les autres filles d’Ève, a payé son tribut à la mort. On pense plus communément que c’est à Jérusalem qu’elle s’endormit dans le Seigneur. Les Apôtres déposèrent son corps dans un tombeau creusé dans le roc, à Gethsémani. La pieuse croyance de l’Église est qu’elle n’y demeura que quelques instants : son corps fut ressuscité et enlevé aux cieux. Son sépulcre fut trouvé vide, et la tradition, si jalouse de conserver les restes des Saints, n’a pu nous garder la trace des reliques de la très sainte Vierge. Aussi, ces souvenirs ont-ils été consacrés par la fête de l’Assomption, qui paraît remonter jusqu’au IVe siècle : c’est la plus ancienne de toutes le solennités établies en l’honneur de la Vierge Marie.

En France, on fait, après les Vêpres de la fête de l’Assomption, une procession solennelle aux chants des litanies de la Sainte Vierge : c’est l’accomplissement d’un vœu de Louis XIII. Par un acte du 10 février 1638, il plaça son royaume, sa famille et sa personne sous la protection de la reine du ciel et de la terre, et la France est demeurée fidèle à cet homme de piété reconnaissante.

En ce jour de l’Assomption, nous félicitons Marie de son triomphe. Nous nous réjouissons de la gloire de notre Mère, qui rejaillit sur nous. Nous prions cette Reine du ciel d’user de sa puissance en faveur de ceux que Jésus-Christ lui a donnés pour enfants, et nous lui demandons une protection spéciale pour la France, qui aime à se dire le royaume de Marie.

Source : CAULY (Mgr E.) — Le Catéchisme expliqué - dogme, morale, sacrements, culte - (Paris, J. de Gigord Éditeur, nouvelle édition, 319e à 352e mille, 1924)

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 Source : QUINET (Chanoine) & HAMAYON (Abbé) — Doctrine et Leçons de choses religieuses, suivies de notes morales et sociales (Paris, Librairie L’École, 1937)

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Source : Icône de la Dormition. Carmel de Harissa (Liban)

Source : "Regarde L'étoile" - Chant de l'Emmanuel