Clocher

Avec Lamartine, foi et romantisme se nourrissent l’un de l’autre, comme en témoigne cette poésie de saison.

L’été ne se prête-t-il pas parfois à retrouver l’église de notre enfance ? Là où la fraîcheur, la lumière, les sons suspendent soudain le temps pour accueillir notre oraison. Comme si nos prières trouvaient plus de profondeur auprès des vieilles pierres. À moins que nos tendres souvenirs aident au recueillement, avec le sourire complice de l’Esprit saint qui aide notre cœur en grandir, à tout âge, seul(e) face à Dieu. Et même en vacances !

JG

 La prière du soir dans une église de campagne

 

Qu’il est doux, quand du soir l’étoile solitaire,

Précédant de la nuit le char silencieux,

S ‘élève lentement dans la voûte des cieux,

Et que l’ombre et le jour se disputent la terre,

Qu’il est doux de porter ses pas religieux

Dans le fond du vallon, vers ce temple rustique

Dont la mousse a couvert le modeste portique,

Mais où le ciel encor parle à des cœurs pieux !

Salut, bois consacré ! salut, champ funéraire,

Des tombeaux du village humble dépositaire !

Je bénis en passant tes simples monuments.

Malheur à qui des morts profane la poussière !

J’ai fléchi le genou devant leur humble pierre,

Et la nef a reçu mes pas retentissants.

Quelle nuit ! quel silence ! au fond du sanctuaire,

À peine on aperçoit la tremblante lumière

De la lampe qui brûle auprès des saints autels.

Seule elle luit encor quand l’univers sommeille :

Emblème consolant de la bonté qui veille

Pour recueillir ici les soupirs des mortels.

LAMARTINE

Eglise

 Source : AUGER (F.) & DEDIEU (J.) — Du Vocabulaire à la Composition française - Classe du Certificat - (Paris, Librairie L'École, 4e édition, 1937)