Messe

Rares sont les manuels de catéchisme à la citer. Et pourtant la messe de minuit participe pour beaucoup à la magie de Noël.

Appel des cloches, paysage enneigé, procession nocturne, prières nourries d’Espérance autour de la Sainte Famille, joyeux réveillon à la lumière caressante des bougies, chaleur de l’âtre où brûle la grosse bûche : la veillée réchauffe les cœurs de son ambiance, de son folklore et de ses rites. En guise de parenthèse poétique, un auteur oublié de la Belle Époque évoque la beauté sentimentale de cette soirée pas comme les autres. Un regard d’enfant sur la nuit de Noël. Celui qui se dérobe à l’oubli. Celui qui illumine notre foi.

Une promenade dans la nuit

"Oh ! la nuit de Noël ! Elle ne peut jamais revenir sans me ramener tout un cortège d’évangéliques et lointaines réminiscences ! Souvenirs de première enfance, vagues et blancs comme les flocons de neige qui tombaient souvent ce soir-là sur le chemin conduisant de la maison paternelle à l’église de mon village. Pourtant, malgré la neige, on n’aurait pas manqué pour un empire la messe de minuit ; et surtout les plus jeunes se promettaient comme une fête et la promenade dans la nuit, et la cérémonie sous les cierges d’or.

Pour mieux se tenir éveillés, tous s’asseyaient rangés autour d’un bon feu, parents, enfants, domestiques ; et l’on égayait les heures, par quelque jeu en usage dans le pays pendant les longues soirées hivernales. C’était monotone, sans doute, mais innocent et patriarcal, tout à fait en harmonie avec la paix et la candeur qui semblaient neiger, cette nuit-là, et sur le sol et sur les âmes !"

Une lanterne à la main

"Puis quand se faisait entendre le son de la cloche grave et assez mélancolique — car, je m’en souviens parfaitement, la cloche de mon village n’était pas argentine, elle était plutôt pensive et triste —, tous se levaient, tous se dirigeaient du côté de l’église, une lanterne à la main, tous, excepté le père qui restait avec le chien pour garder la maison. La mère allait prier, le père veillait sur le nid.

Au retour, on réveillonnait simplement, rustiquement. J’ai fait des réveillons plus somptueux, je n’en ai pas fait de meilleurs. Quelque chose de bienheureux et de pur planait sur le foyer. Après la communion de quelques-uns à la table sainte, c’était la communion de tous à la table de famille…

Souvenirs chauds et profonds !

La nuit de Noël n’a pas ou n’a que peu de fleurs, mais elle a des ressouvenances. Les fleurs sont dans l’âme."

Émile TROLLIET — L’âme d’un résigné (Paris, Perrin, 1895)

Messe-Minuit