Priere-04

Si le catéchisme veut vivre avec son temps, il doit  s’adapter à son époque. Exemple vivant avec la prière Notre Père, qui vient de connaître un précieux ajustement.

La nouvelle année liturgique, qu’inaugure le jour de l’Avent, fait jaser le clergé médiatique. Oui, « l’esprit du monde » qu’incarne le microcosme journalistique a aussi ses prêcheurs.

Une longue dépêche AFP du vendredi 1er décembre commente à sa façon le scoop ecclésial de l’année nouvelle : « Le Notre Père, la plus célèbre des prières chrétiennes, s'installe ce week-end dans les églises de France dans une version à peine retouchée mais qui a fait couler beaucoup d'encre, et même suscité un brin de polémique. »

« Beaucoup d’encre » ? « Brin de polémique » ? L’emphase est bienvenue quand il s’agit de faire le buzz. Changer un verbe dans une phrase, — fût-il utile à éclairer le sens d’une prière —, justifie-t-il de créer une tempête dans un verre d’eau ?

Alors voilà, le moment est enfin venu. À partir d’aujourd’hui, la « sixième demande » du Notre Père devient « Et ne nous laisse pas entrer en tentation »… Formulation plus explicite, moins ambigu surtout,  que la précédente : « Et ne nous soumets pas à la tentation ». Juste pour balayer l’idée farfelue selon laquelle Dieu ne résisterait pas au plaisir de nous exposer à la tentation. Il abuserait de notre faiblesse bien plus qu’il veillerait à nous protéger !

Un ajustement salutaire

Cet ajustement vint clore les querelles byzantines qui ont précédé cette réforme sémantique.

Avec plus ou moins d’ironie, certains commentateurs s’amusent à retracer l’histoire laborieuse jalonnant la nouvelle traduction du missel romain promise pour 2019. Ce travail méticuleux vient clore un autre chantier : la traduction intégrale de la Bible liturgique en français qui mobilisa, dix-sept ans durant, théologiens et exégètes sous l’égide des Conférences épiscopales francophones. 

D’autre commentateurs préfèrent s’épancher sur les errements de la formulation amendée — « et ne nous soumets pas à la tentation » — imputables à une traduction adoptée en 1966 pour satisfaire l’obsession œcuménique post-Vatican II. « Cette traduction n’était pas fausse, mais l’interprétation était ambiguë » concède le très diplomatique Mgr de Kerimel, président de la commission épiscopale pour la liturgie près  la Conférence des évêques de France (CEF). L’irénisme bienveillant d’hier ne serait-il plus à la page aujourd’hui ?

De toute évidence, l’Assemblée plénière des évêques de France, réunie à Lourdes en mars dernier, a voulu lever toute ambiguïté et revenir au bon sens fondateur de l’Église primitive. Sous l’inspiration de l’Esprit saint qui tient à nous rassurer sur l’infinité bonté de Dieu. Avec la sereine certitude que proféraient les premiers bâtisseurs de notre communauté ecclésiale.

Une précision nécessaire

« Dieu est inaccessible aux tentations du mal et il ne tente pas non plus. Mais chacun est tenté par son propre désir…», assène Jacques le Juste,  l’évêque de Jérusalem, dans son Épître (Jc 1, 13-14). Plus magnanime encore, dans sa Somme théologique, Saint Thomas d’Aquin fait œuvre de synthèse radicale : « Dieu n’est en aucune façon et sous aucun rapport cause du mal moral, ni directement indirectement. »

Alors qu’on se le dise, une bonne foi(s) pour toutes, Dieu ne nous oblige pas à subir la tentation. Il ne nous entraîne pas au mal. Tout le contraire, Dieu est protecteur bienveillant : il nous retient sans jamais nous provoquer.

Facétieuse histoire de l’Église : le catéchisme prêtait à confusion avec la version œcuménique de Vatican II. Aujourd’hui, avec sagesse,  il revient à la formulation du Pater Noster en latin. « Et ne nos inducas in tentationem ». Traduction du verbe inducare : conduire vers, faire entrer, amener à… « Et ne nous induis pas en tentation » devient à présent « Et ne nous laisse pas entrer en tentation ».

Précaution pédagogique fort pertinente. Puisque trop peu de chrétiens connaissent aujourd’hui le sens subtil du verbe induire. Preuve merveilleuse que l’Église sait s’adapter à sa vocation universelle !

Et-ne-nous

 Source : Diocèse d’Amiens — Premiers pas vers Jésus - Petit Catéchisme (Bourges, éditions Tardy, 1948, Illustr. G. Sassier)