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À l’approche de la Pentecôte, le mystère de la Trinité rejaillit dans les cœurs et se dérobe tout autant à la pédagogie. Les anciens manuels de catéchisme se satisfont de quelques images et ne s’y attardent pas. Délaissons alors cette sèche vacuité et explorons la piste d’un jouet en vogue pour (re)mettre en mouvement la puissante cybernétique liant le Père, le Fils et l'Esprit saint…

La soudaine invasion des hand spinner dans les cours d’école n’offrirait-elle pas une manne providentielle aux catéchistes ? Par le parallélisme des formes et l’analogie du mouvement rotatif, ce jouet étrange ne deviendrait-il pas un support ludique pour illustrer le dynamisme caché de notions jusqu’alors un peu trop statiques pour éclairer notre foi ?

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Première analogie, symbolique. Sous la forme d’une toupie à trois bras, — trouvant son équilibre dans la force centripète que dégage l’axe central monté sur un roulement à billes —, le hand spinner ressemble à s’y méprendre au « bouclier » de la Trinité, figure syncrétique offrant une représentation visuelle du Symbole d’Athanase*. Ce schéma triangulaire n’a d’autre ambition que de simplifier une réalité spirituelle aux dimensions infinies : le Père, le Fils et l’Esprit saint sont trois personnes distinctes tout en étant consubstantielles, c’est-à-dire procédant d’une même essence divine (ousia en grec) et reposant sur le même fondement (upostasis en grec).

Ainsi le hand spinner réalise la prouesse de rendre accessibles à tous des notions à la fois distinctes, subtiles et indissociables.

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Deuxième analogie, sémantique. L’axe central autour duquel les trois personnes de la Trinité gravitent, à égale distance, représente Dieu, alpha et omega, omniscient et omnipotent, « Créateur du ciel et de la terre, de l’univers visible et invisible ». Sa toute puissance s’exerce au bout du doigt — index levé vers le ciel — puisque le jouet repose là pour trouver l’équilibre dans sa vitesse de rotation.

Ainsi le hand spinner devient instrument inspiré de prières, permettant de puiser en lui le calme, l’application, la concentration qu’appelle le dialogue avec le Dieu.

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Troisième analogie, dynamique. En tournant sur lui-même, le hand spinner adopte aussitôt une forme circulaire, dans la fusion complète de ses trois bras. Au bout du doigt, n’apparaît plus qu’un seul disque, uniforme et univoque. Preuve manifeste dans cette virevolte : la divinité n’est pas séparable en trois, elle réside en un seul Être, dans un mouvement simultané d’amour unissant les trois personnes de la Trinité. « Clin Dieu » de circonstance : en terme savant, ce mouvement d’amour s’appelle périchorèse, — du grec périchorèsis —, signifiant rotation. Rotation incessante par laquelle le Père engendre le Fils dans l’Esprit.

Dans cet élan perpétuel de l’amour vivant — où tout est équilibre et harmonie —, le Père, le Fils et l’Esprit saint ne « forment » qu’un seul et même Dieu.

Ainsi le hand spinner dévoile les ressorts de la Trinité en action. Mieux encore, en tournant sur le bout du doigt, il libère sur un même axe, au même endroit, au même au moment, une force insoupçonnable, celle que la prière porte en notre cœur.

Autre temps, autres mœurs ? Au Ve siècle de notre ère, lors son périple pastoral dans les fins fonds des landes irlandaises, saint Patrick eut l’astuce d’utiliser le trèfle pour « pédagogiser » la Trinité. En notre XXIe siècle fasciné par les gadgets, pourquoi le hand spinner n’accèderait-il pas au statut de jouet spirituel ? Comme tel, il mériterait toute sa place dans l’éducation religieuse, à condition de le faire tourner, tourner encore, tourner toujours pour que la Trinité ne soit plus un mystère !

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*NB- Le Symbole d'Athanase fut attribué sans preuve à Athanase d'Alexandrie, sur la seule allégation de saint Césaire d’Arles qui fut le premier à le citer.

Diffusé dès le début du VIe siècle en Gaule méridionale, composé en latin, la tradition lui préférera le nom de Quicumque, titre empruntant les premiers mots dudit texte. Ce Symbole conquit sa notoriété au fil de son usage en Orient avant que le Symbole de Nicée-Constantinople ne fasse autorité au cours du même VIe siècle.

L’image du bouclier de la Trinité procède de la ferme volonté de « tenir la foi catholique » pour être sauvé. Le bouclier arme et protège à la fois. Église et chevalerie font alors cause commune.

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Le « bouclier » ou « écusson » de la Trinité : une représentation visuelle du Symbole d’Athanase.

Extrait (éloquent) de Symbole d’Athanase —

« Quiconque veut être sauvé doit, avant tout, tenir la foi catholique : s'il ne la garde pas entière et pure, il périra sans aucun doute pour l'éternité.

Voici la foi catholique : nous vénérons un Dieu dans la Trinité et la Trinité dans l'Unité, sans confondre les Personnes ni diviser la substance : autre est en effet la Personne du Père, autre celle du Fils, autre celle du Saint-Esprit ; mais une est la divinité du Père, du Fils et du Saint-Esprit, égale la gloire, coéternelle la majesté.  

Comme est le Père, tel est le Fils, tel est aussi le Saint-Esprit : incréé est le Père, incréé le Fils, incréé le Saint-Esprit ; infini est le Père, infini le Fils, infini le Saint-Esprit ; éternel est le Père, éternel le Fils, éternel le Saint-Esprit ; et cependant, ils ne sont pas trois éternels, mais un éternel ; tout comme ils ne sont pas trois incréés, ni trois infinis, mais un incréé et un infini. De même, tout-puissant est le Père, tout-puissant le Fils, tout-puissant le Saint-Esprit ; et cependant ils ne sont pas trois tout-puissants, mais un tout-puissant. Ainsi le Père est Dieu, le Fils est Dieu, le Saint-Esprit est Dieu ; et cependant ils ne sont pas trois Dieux, mais un Dieu. Ainsi le Père est Seigneur, le Fils est Seigneur, le Saint-Esprit est Seigneur ; et cependant ils ne sont pas trois Seigneurs, mais un Seigneur ; car, de même que la vérité chrétienne nous oblige à confesser que chacune des personnes en particulier est Dieu et Seigneur, de même la religion catholique nous interdit de dire qu'il y a trois Dieux ou trois Seigneurs. »

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Cf. aussi notre précédente chronique sur le sujet  — La Sainte Trinité, un mystère équilatéral ? — via le lien suivant : http://catechese.canalblog.com/archives/2016/05/20/33841368.html

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