Marie-02

Aujourd’hui comme hier, les manuels de catéchisme puisent trop peu dans la poésie alors que ce genre littéraire a le don d’émouvoir les enfants, d’éveiller leur sensibilité en révélant la ferveur d’une foi incarnée.

Preuve manifeste au fil de « La Vierge à midi », un célèbre texte de Paul Claudel qui a le génie de mettre une prière en vers et de glisser de la poésie dans une oraison intime.

Prière saisissante dans son dépouillement : une petite église, une statue de la Vierge Marie, un long silence qui en dit beaucoup plus qu’un beau chapelet.

Prière poignante dans son recueillement : une prière apaisée qui n’implore ni grâce ni secours, un regard affectueux sur la Vierge Marie, des vers harmonieux, purs et simples, tel un cantique, de ces cantiques grégoriens dont la mélodie donne des ailes à la prière.

Ainsi le chrétien laisse-t-il parler son cœur. Son âme contemple Marie, admire sa beauté, loue les dons qu’elle a reçus de Dieu. Douce contemplation qui exhausse la prière à son plus haut degré, celui du plus beau lâcher-prise chrétien.

En résonance comme en émoi, la rencontre caniculaire de Jésus avec la Samaritaine — Jean, 4, 5-42, évangile de ce 3e dimanche de Carême — se prête à une méditation tout aussi profonde. Dialogue entre deux assoiffés autour du puits de Jacob. Jésus tire la langue : IL n’a rien pour puiser l’eau qui pourrait le désaltérer. La femme, elle, a l’outil adéquat mais elle a soif d’une eau vive « jaillissant pour la vie éternelle. » Réciprocité salutaire : Jésus étanche sa soif et la femme trouve la réponse qu’elle n’espérait plus. Juste quelques minutes d’un faux quiproquo avant que la méfiante femme ne se transforme en ardente apôtre dans son village !

Une belle aventure accessible à nous autres chrétiens, dans notre siècle tout aussi sec que la désertique Samarie, pour peu que nous sachions laisser parler notre cœur, dans le dialogue silencieux de la prière…

JG

§ 

La Vierge à midi

Il est midi. Je vois l’église ouverte. Il faut entrer.

Mère de Jésus-Christ, je ne viens pas prier.

Je n’ai rien à offrir et rien à demander.

Je viens seulement, Mère, pour vous regarder.

Vous regarder pleurer, pleurer de bonheur, savoir cela

Que je suis votre fils et que vous êtes là.

Rien que pour un moment pendant que tout s’arrête.

Midi.

Être avec vous, Marie, en ce lieu où vous êtes.

Ne rien dire, regarder votre visage,

Laisser le cœur chanter dans son propre langage.

Ne rien dire, mais seulement chanter parce qu’on a le cœur trop plein.

Comme le merle qui suit son idée en ces espèces de couplets soudains.

Parce que vous êtes belle, parce que vous êtes immaculée,

La femme dans la Grâce enfin restituée,

La créature dans son bonheur premier et dans son épanouissement final.

Telle qu’est sortie de Dieu au matin de sa splendeur originale.

 

Claudel

Source : Paul CLAUDEL — Écoute ma fille (Gallimard éditions, 1934)

À propos de l'auteur, Paul CLAUDEL, (1868-1955) Cf. le lien vers un site ad hoc

http://www.paul-claudel.net

 

 

 

Cierges

La Samaritaine et le don de « l’Eau vive »

« Si tu connaissais le don de Dieu… » (Jean 4, 10)