Temple-F

La Présentation de Jésus au Temple, fêtée le 2 février, est abordée de façon très succincte dans les anciens manuels de catéchisme.

Si certains prennent soin d’exhorter les enfants à ranger la crèche de Noël en ce jour, la plupart sont assez avares de commentaires sur ce rite procédant de la Loi de Moïse, sans doute parce qu’il se dérobe à des explications simples, accessibles aux plus jeunes. Plutôt que se perdre en explications vétérotestamentaires, ils privilégient la portée prophétique du récit, autour du vieux Syméon et de la veuve Anne, deux personnages surgis de nulle part, assez mystérieux…

Quarante jours après sa naissance — donc avant la fuite en Égypte relatée par Matthieu —, Luc relate avec ses mots cette scène riche de symboles : la présentation de Jésus au Temple (2, 21-24), sous l’optique un rien moqueuse d’un judaïsme étriqué.

 Deux rites le même jour

Selon la tradition religieuse de l’époque (Lévitique, 12, 1-8), la naissance d’un enfant rend la femme rituellement impure. Ce rite de purification, lié à une offrande, suppose le sacrifice d’un agneau et d'une tourterelle ou une colombe. Accommodement du Temple à l’endroit des familles démunies : l’agneau peut être remplacé par une autre tourterelle ou une autre colombe. C’est là l’option de Marie, en humble mère qu’elle est.

Le récit de Luc enchâsse ce rite dans un autre, concomitant — la présentation de Jésus, nouveau né — sans s’appesantir sur la subtilité de la Loi de Moïse. Le rachat du premier-né n’exige point la présentation de l’enfant. Il requiert seulement le paiement de cinq sicles (Nombres, 3, 46). Verser moins reviendrait à reconnaître que ce « fils premier-né appartient » à Dieu (ex, 13, 2).

Autre liberté de plume : Luc donne l’impression d’associer la présentation de Jésus à l’offrande des « deux tourterelles ou petites colombes » alors que ce rite accompagne la purification, sans rapport aucun avec le rachat du premier-né.

Pourquoi Joseph et Marie prennent-ils le risque d’emmener l’Enfant à Jérusalem ? Tout bien réfléchi, ils ont bien conscience qu’ils ne sont pas des parents ordinaires : la naissance miraculeuse de Jésus suffirait à le « dispenser » de présentation, et la sainteté de Marie devrait la soustraire à toute obligation de purification.

S’ils consentent à se plier au rituel, sur le plan catéchétique, c’est pour porter témoignage d’une obéissance totale, en pleine harmonie avec leur humilité. Ainsi, nous-mêmes peinerons-nous à trouver des prétextes à nos moindres insoumissions…

Sur le plan religieux, Jésus et Marie produisent aussi un acte affirmatif valant proclamation publique. Comme s’en amusait Origène, qu’on n’aille pas dire ensuite que Jésus ne s’inscrivait pas dans le respect et la continuité de l’Ancien Testament.

Né sur le territoire du « peuple élu », Jésus, dès sa naissance, observe les prescriptions de la Loi de Moïse. Un juif comme les autres, parmi les autres… Même si sa divine mission le conduira à affirmer sa différence, avec plus ou moins de tact ! 

Deux prophètes le même jour

Autre référence à la vivante continuité de l’Ancien Testament : la soudaine intrusion de deux étranges vieillards lors de ce rituel familial.

Syméon le Juste, « divinement averti par l’Esprit saint », vient saluer l’enfant en proclamant qui IL est vraiment. Il prédit l’avenir de Jésus en restituant certains passages d’Ésaïe.

Anne la prophétesse surgit à son tour. Elle rend grâce à Dieu, comme une « voyante » troublée par un songe. Telle une pythie sur son trépied, elle « parlait à tous ceux qui attendaient la délivrance de Jérusalem. »

Syméon et Anne, sortis de nulle part, n’apparaissent dans l’Évangile qu’au moment de cette présentation au Temple. Ils ne sont ni disciples, ni mystiques, ni possédés. À eux deux, ils incarnent l’attente du Messie. L’Esprit saint a visité le cœur de deux vieillards, homme et femme, au crépuscule de leur vie. Assez facétieux l’Esprit saint : IL trouve en Syméon et Anne deux porte-voix quelque peu dérangeants pour les adorateurs zélés de la Loi de Moïse. Si pour le judaïsme de l’époque, le temps des prophètes est révolu, l’Esprit saint fait revivre ces figures dans le Nouveau Testament. Il a choisi des êtres humains pour parler du rôle rédempteur qui allait être celui de l’Enfant Jésus.

Augure d’allégresse ponctué d’un sombre présage, celui qui vient en une phrase sanglante bousculer la douceur sereine de cette présentation au Temple. « Et toi, ton âme sera traversée d’un glaive », annonce Syméon à Marie, sans précaution oratoire aucune. Prophète rabat-joie qui voit déjà la Passion à l’horizon. Nul doute qu’au pied de la Croix, Marie s’est souvenu du vieux Syméon. Impossible de le maudire puisque tout était vrai…

JG

Temple-D

Source : Abbé L. de C. — Je crois en Dieu - L'enseignement religieux en 400 images (Paris, Librairie des Catéchismes, 1906)

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Temple-C

Source : CAULY (Mgr E.) — Le Catéchisme expliqué - dogme, morale, sacrements, culte - (Paris, J. de Gigord Éditeur, nouvelle édition, 319e à 352e mille, 1924)

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Jour de la Chandeleur

L’Église catholique célèbre tous les ans, le 2 février, la fête de la Purification de la Vierge. « Quarante jours après la naissance du Christ, la Vierge vint au Temple présenter, pour sa purification, deux tourterelles et deux pigeons. » En ce jour, on faisait autrefois des processions avec des chandelles allumées, d’où le nom de la Chandeleur donné à cette fête.

Le pape Gélase, en 472, fit supprimer cette cérémonie. Néanmoins, le nom de Chandeleur est encore conservé dans nos campagnes.

Source : LÉVY (Albert) — La Légende des mois (Paris, Librairie Hachette et Cie, 1879)

Temple-E

 

Source : QUÉNARD (Abbé J.B.) — Mon premier livre d’Histoire sainte (Paris, Librairie L’École, 1934, ilustr. René BESSON) 

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Présentation de Jésus au Temple de Jérusalem