Pentecote-12

Descente de l’Esprit Saint, transformation soudaine des apôtres, naissance de l’Église : les anciens manuels de catéchisme s’accordent tous pour évoquer ces trois événements qui scellent notre fête de la Pentecôte. Certes, ils emploient un vocabulaire accessible aux jeunes catéchisés, mais ils omettent de répondre à la question qui taraude leur imagination : « à quoi IL ressemble, l’Esprit Saint ? »

Dans sa substance, dans sa manifestation, dans sa force surtout, l’Esprit Saint dépasse tout entendement. Sans doute notre vie terrestre ne suffira-elle pas pour en saisir les ressources insoupçonnables, sans même aborder le mystère de la Sainte-Trinité. Bornons-nous alors, en toute humilité, à rappeler quelques réalités spirituelles propres à éclairer notre chemin de sainteté… à la lumière de l’Esprit Saint justement.

Première évidence : l’Esprit Saint procède d’un genre unique.

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Certes IL est invisible, indescriptible, insaisissable. Mais Jésus insiste bien pour nous signifier qu’il s’agit d’une personne, et non d’une puissance ésotérique. Notre perception se trouble encore un peu plus dès qu’on aborde les subtilités linguistiques. En grec, le mot Esprit — pneuma — n’est ni masculin ni féminin. Il est neutre, un genre que notre langue française connaît peu ou pas. Faut-il alors l’assimiler à une entité générique synonyme de bienveillance, comme le seraient la Providence et la Bonne Fortune ? Assurément non, puisque l’Ancien Testament prête à l’Esprit Saint une intervention précise, au moyen d’un mot hébreu — ruah — signifiant le souffle. Un souffle étrange qui se dérobe à toute explication humaine… Manifestation in concreto lorsque Jésus souffle sur ses disciples en leur disant : « recevez l’Esprit Saint », (Jean 20, 22). Allusion au souffle que Dieu émit lors de la création du premier homme. Prélude immédiat à l’institution du sacrement de pénitence.

Mais l’Esprit Saint n’est pas réductible à un mime ou à la faveur d’un jour. Jésus tient à ce que nous Le considérions comme une présence humaine, en nous Le présentant comme « un autre Conseiller » (Jean 14,16). Elle ne doit rien au hasard cette formule « un autre ». Elle suggère : « un autre du même genre », avec promesse à la clef : tout ce que Jésus fut pour ses disciples, l’Esprit Saint le sera aussi. IL prend la relève dès que le Fils part rejoindre le Père céleste. Pour nous assister sans se substituer vraiment à Lui. Le mot grec paraklétos — littéralement « celui qui est appelé auprès de » — s’impose alors pour conforter cette réalité spirituelle : l’Esprit Saint exerce à nos côtés le rôle de Conseiller, qu’il nous reviendrait de consulter autant que de besoin, en premier ou dernier recours.

Deuxième évidence : l’Esprit Saint adopte diverses apparences.

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« Comme une colombe », au moment du baptême du Christ, indice de douceur et d’innocence. « Comme une nuée lumineuse », au moment de la Transfiguration, indice d’une brume bienveillante qui échauffe sans consumer. « Comme un violent coup de vent, après un bruit venu du ciel », (Actes 2,2) indice d’une représentation approximative qui ne parvient pas à trouver les mots. « Comme des langues de feu », ce même jour de la Pentecôte, indice d’intelligence ardente et d’inspiration divine. Dans son humble rôle comparatif, ce « comme » ne cesse pas de nous intriguer. Protéiforme, l’Esprit Saint échapperait au jeu des apparences pour mieux affirmer sa permanence à tout moment et en tout lieu, pour peu que notre cœur daigne s’ouvrir à Lui, sans crainte ni calcul.

Il faudra attendre trois siècles pour que l’Esprit Saint reçoive de l’Église primitive une description homogène recueillant l’unanimité, telle que l’établit le Credo de Nicée-Constantinople — en 325 et 381, au terme de deux conciles œcuméniques —, érigé en résumé fidèle de la foi des apôtres : « Je crois en l’Esprit Saint, qui est Seigneur et qui donne la vie ; Il procède du Père et du Fils ; avec le Père et le Fils, Il reçoit même adoration et même gloire ; Il a parlé par les prophètes. »

Ainsi l’Esprit Saint est bel et bien personnifié, tel que Jésus l’avait annoncé.

Troisième évidence : l’Esprit Saint transforme celui qui Le reçoit.

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Le jour de la Pentecôte, les disciples se découvrent soudain d’autres hommes. Ils ne sont plus ces Galiléens un rien rustauds, illettrés qu’ils étaient pour la majorité d’entre eux. L’Esprit Saint leur donne le pouvoir de prophétiser, de guérir par les mains, de parler toutes les langues. Cumul des trois pouvoirs qui, selon la tradition, identifie le charisme. Mieux encore, s’accomplit ce jour-là la parole du Seigneur : « Le Défenseur, l’Esprit Saint que le Père enverra en mon nom, lui, vous enseignera tout, et il vous fera souvenir de tout ce que je vous ai dit ». (Jean 14, 23-39)

Ragaillardis, oubliant la peur, balayant la crainte de ne pas être à la hauteur, les voilà qu’ils affichent une assurance intrépide pour aller porter la Bonne Nouvelle et enseigner toutes les nations. Désormais, le Consolateur ne va plus les quitter. Un beau nom à l’étymologie éloquente : du latin confortare, « donner de la force ». L’Esprit Saint est Celui qui nous donne de l’énergie en toute circonstance. Quel enthousiasme plus communicatif que celui de saint Paul dans sa lettre aux Galates : « Laissez-vous mener par l’Esprit ». Parce que sa fréquentation est riche de bienfaits : « charité, joie, paix, patience, mansuétude, bonté, fidélité, douceur, maîtrise de soi : contre de telles choses, il n’y a pas de Loi. » (Galates, 5, 16-25). Depuis le premier jour de notre baptême, l’Esprit Saint nous souffle l’intelligence du cœur, celle de la sensibilité, de l’intuition et du courage,.

Le courage de prendre notre bâton de pèlerin, d’annoncer la Résurrection, d’assumer haut et fort notre identité chrétienne. Le courage, cette « vertu inaugurale du commencement », selon la sentence lucide de Charles Péguy. Parce que l’Esprit Saint nous invite toujours à prier, toujours à agir, toujours à recommencer. Puisse l’Église, avec nous, ne jamais oublier ce souffle du courage, partout et en toutes choses. Tout simplement parce que « Dieu vomit les tièdes ! » (Apoc 3, 15)

JG 

St-Esprit-A

Source : CAULY (Mgr E.) — Le Catéchisme expliqué - dogme, morale, sacrements, culte - (Paris, J. de Gigord Éditeur, nouvelle édition, 319e à 352e mille, 1924)

 La Pentecôte des chrétiens

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La Pentecôte des Juifs, qu’ils appelaient la fête des Semaines, la fête de la Loi,  la solennité des Moissons, le jour des premiers fruits, avait été institué par Moïse, pour qu’Israël gardât à jamais le souvenir des commandements que le Seigneur lui avait donnés au milieu des foudres et des éclairs, sur le mont Sinaï.

L’obéissance à ces divins commandements, l’observance de celle loi dictée par Dieu, la sagesse même, devaient faire du peuple qui y serait resté fidèle, le peuple le plus heureux du globe.

La Pentecôte des chrétiens est la commémoration d’une autre grande journée de celle où le Saint-Esprit, sous la forme visible de langues de feu, descendit sur les apôtres, pour embraser ceux qui devaient éclairer le monde.

Un vent impétueux venant du ciel

Le Dieu descendant au cénacle est le même que l’Éternel descendant sur le Sinaï. Sous l’ancienne loi, les tonnerres l’annoncent. Sous la loi nouvelle, c’est un bruit semblable à un vent impétueux venant du ciel, qui le précède et remplit la maison où les apôtres étaient rassemblés.

À cette grand voix d’en haut, les hommes pleins de foi, qui attendaient le Consolateur que Jésus vit promis de leur envoyer, ne doutent plus que ce ne soit l’ »accomplissement de la parole divine, et, saisi de crainte et de respect, ils se mettent à prier… Ô prodige ! tout à coup des langues de feu se divisent et vont s’arrêter sur chacun d’eux.

Feu du Ciel vraiment ! car à l’instant même ces hommes faibles et timides se sentent entièrement changés. Sous la flamme divine leurs âmes se sont soudainement agrandies ! À présent, ils conçoivent les penses élevées, les généreux dévouements et les nobles sacrifices. À présent l’Esprit-Saint est en eux !

Le don divin du courage

Aussi, entendez-les louer  et confesser Dieu dans toutes les langues ! À peine savaient-ils l’hébreu, et les voilà parlant, ces douze Galiléens, de manière à être entendus et compris par les Parthes, les Mèdes, les Élamites, et par ceux qui habitent la Mésopotamie, la Judée, la Cappadoce, le Pont et l’Asie, la Phrygie et la Pamphilie, l’Égypte et la Lybie cyrénaïque, et parc ceux qui sont venus de Rome, de l’île de Crête et de l’Arabie !

Comment se fait-il que les disciples nous parlent ainsi à chacun notre langue ? Comment se fait-il que tout à coup tant de savoir leur ait été donné ? Voilà ce qu’avec épouvante se demandaient els témoins du prodige.

Mais ceux qui avaient reçu l’Esprit-Saint, eux, ne ressentaient plus d’épouvante. Car un de ses dons, c’est le courage… Oh ! à présent pas un d’entre eux ne renierait le Christ. Dans leur soudaine inspiration, ils voient l’avenir : cet avenir sera sanglant pour eux. N’importe, ils s’élanceront au-devant du glaive et des bûchers, de la roue et de la croix. Ils ne trembleront plus, le Saint-Esprit est en eux !

Source : WALSH (M. le Vicomte) — Tableau poétique des fêtes chrétiennes (Paris, Librairie Blériot, collection Bibliothèque grise, nouvelle édition, s.d., vers 1900)

St-Esprit-B

Source : Catéchisme à l’usage des diocèses de France (Marseille, éditions Publiroc, illust. Jules BRETON, s.d.)

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 Cinquante jours après Pâques

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Le mot Pentecôte signifie cinquantième, c’est le cinquantième jour après Pâques.

Cette fête de la Pentecôte est très ancienne dans l’Église puisque saint Irénée, qui vivait au IIe siècle, en parle déjà.

La veille de cette fête, on administrait, comme la veille de Pâques, le baptême aux catéchumènes. Aujourd’hui, la vigile de Pentecôte comporte jeûne et abstinence, et à la messe, après la lecture des prophéties, a lieu la bénédiction e l’eu baptismale, comme la veille de Pâques.

Les ornements du jour de la Pentecôte et de son Octave sont de couleur rouge.

Les chants de la fête sont le Veni Creator et la prose Veni Sancte Spiritus.

Source : QUINET (Chanoine) & HAMAYON (Abbé) — Doctrine et Leçons de choses religieuses, suivies de notes morales et sociales (Paris, Librairie L’École, 1937)

St-Esprit-C

Source : BÉNARD (M. Th.) — L’année préparatoire d’Histoire sainte (Paris, Librairie Armand Colin & Cie, 46e édition, 1897)

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Le temps de la Pentecôte

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Le temps de la Pentecôte, dernier cycle de l’année liturgique, commence le jour de la Pentecôte et se prolonge jusqu’au premier dimanche de l’Avent.

Comme la fête de Pâques ne tombe pas toujours à la même date, il y aura après la Pentecôte de 23 à 28 dimanches.

Le dimanche qui suit la Pentecôte, nous célébrons la fête de la Sainte-Trinité, le grand mystère fondamental du christianisme, et le jeudi qui suit l’Octave de la Pentecôte, une fête populaire entre toutes à cause des belles processions qui se déroulent : la Fête-Dieu ou fête du Très-Saint-Sacrement.

Le premier vendredi après l’Octave du Saint-Sacrement a lieu une fête aimée de tous : la fête du Sacré-Cœur.

Source : QUINET (Chanoine) & HAMAYON (Abbé) — Doctrine et Leçons de choses religieuses, suivies de notes morales et sociales (Paris, Librairie L’École, 1937)

St-Esprit-D

QUINET (Chanoine) — Mon joli petit catéchisme — Première initiation chrétienne des petits de 6 à 8 ans par la méthode évangélique — (Paris, Librairie L’École, Illust. Pierre ROUSSEAU, 1934)

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Le Veni Creator Spiritus, chant de la Pentecôte.

Jeanne d’Arc demandait à son armée d’entonner ce chant avant chaque assaut. À Patay notamment, — un autre 18 juin… 1429 —. Selon les chroniques de l’époque, sans doute un peu hyperboliques, plus de 2000 Anglais furent tués et 3 seulement côté français ! Signe que l’Esprit Saint écoute les prières.

VENI CREATOR SPIRITUS - Giovanni Vianini

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Source : ECKER (Jacques) — Petite Bible illustrée de l'enfance (Paris, Bloud & Cie, 1908)