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Le deuxième dimanche de Pâques passe inaperçu dans les anciens manuels de catéchisme. Pourtant, au gré de la tradition et du calendrier liturgique, il n’est pas de dimanche qui cumule autant de dénominations.

Faut-il l’appeler « dimanche de la Quasimodo » ?

Au fil des générations, la tradition peine à survivre, même si elle garde toute sa légitimité… depuis le XVIe siècle ! Ce titre est emprunté aux premiers mots de l’introït du jour, inspiré de la Première épître de Pierre : « Quasi modo geniti infantes, alleluia : rationabiles, sine dolo lac concupiscite. Alleluia, alleluia, alleluia. Exsultate Deo adjutori nostro : jubilate Deo Jacob. Gloria Patri... » — ­« Comme des enfants nouveau-nés, alleluia : enfants spirituels, aspirez au lait pur et sincère. Alleluia, alleluia, alleluia. Célébrez dans la joie le Dieu, notre protecteur : louez avec allégresse le Dieu de Jacob. Gloire au Père... » —

Autre façon de justifier cette appellation : la locution latine quasi modo évoque aussi une tolérance liturgique à l’endroit des pèlerins qui, à raison des distances ou d’un motif reconnu valable, ralliaient Rome avec retard pour célébrer Pâques. À leur intention, une messe était célébrée, empruntant la même solennité que celle de Pâques, ou « presque pareil », — sens littéral de quasi modo. La différence résidait essentiellement dans son ordonnancement pénitentiel : ces pèlerins retardataires n’avaient pas droit à l’indulgence plénière.

Préférez-vous l’expression « Pâques closes » ?

Mieux encore que la locution latine, cette expression signera votre érudition ecclésiale ! En ce dimanche d’après Pâques, se termine en effet l’Octave de Pâques, les huit jours de fête, dont notre lundi de Pâques est une belle survivance. Celle que les chantres de la laïcité s’abstiennent bizarrement de critiquer…

Voulez-vous l’appeler dimanche « in albis » ?

Vous conjuguerez ainsi votre amour du latin et votre science liturgique. « In albis » — en blanc — en référence à la couleur du vêtement que les adultes baptisés lors de la vigile pascale ont porté pendant toute la semaine, au lendemain de Pâques. En ce dimanche de la Quasimodo, ces néophytes délaissent symboliquement la couleur blanche.

La dénomination « dimanche de Saint-Thomas » vous séduit-elle davantage ?

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Nul ne vous reprochera de faire honneur à la liturgie du jour : le passage de l’Évangile évoquant l’incrédulité de cet apôtre quelque peu rabat-joie. Mystère insondable, et tellement commun, de l’homme face à l’emprise du doute.

Certes, il se prosterna devant Jésus sous les yeux de ses amis — « Mon Seigneur et mon Dieu », lâcha-t-il le premier d’entre tous —, comme pour se faire pardonner son incartade. Mais il sut mettre en acte sa profession de foi au-delà de toute espérance, en partant évangéliser l’Inde et la Chine, avant de mourir en martyr. Assez de quoi oublier son obsession tactile !

Célébrez-vous plutôt la « fête de la divine miséricorde » ?

Cette appellation a le mérite d’être conforme au nouveau calendrier liturgique puisque ce jour fut consacré ainsi, en avril 2001, par le pape Jean-Paul II, après la canonisation de Faustine Kowalska. Titre en parfaite harmonie, qui plus est, avec notre actualité pastorale : 2016, année de la Miséricorde !

Ultime remarque terminologique : si vous tenez vraiment à perpétuer la tradition ancestrale, n’oubliez pas de prononcer « Fête de la Quasimodo ». Sinon nos amis païens comprendront que vous fêtez Quasimodo, le héros attendrissant de Notre-Dame de Paris, qui portait ce nom parce qu’enfant il fut trouvé ce deuxième dimanche de Pâques. Pour le cas où ils mettraient à caution votre acuité historique, entonnez devant eux l’Antienne d’entrée à la messe : « Quasi modo geniti infantes, alleluia...». À tue-tête, bien sûr. C’est si beau que vous les convertirez !

JG

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Le temps pascal

Quelques particularités liées à la fête de Pâques sont à signaler :

À l’aspersion de l’eau bénite, l’antienne Vidi aquam remplace Asperges.

Les chants de Pâques sont l’Hæc dies et la prose Victimæ paschali, le Regina cæli. Il y a aussi un chant populaire : l’O filii.

Le temps pascal dure cinquante jours après Pâques, de Pâques à la Pentecôte. Les ornements du prêtre sont de couleur blanche. Vous remarquerez qu’aux messes et aux vêpres de ce temps, le cierge pascal est allumé. Vous savez qu’il représente Notre-Seigneur ressuscité, lumière éclairant le monde.

Source : QUINET (Chanoine) & HAMAYON (Abbé) — Doctrine et Leçons de choses religieuses, suivies de notes morales et sociales (Paris, Librairie L’École, 1937)

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Introitus : Quasi modo geniti infantes