Mages-09

L’adoration des Mages n’ajouterait-elle pas un autre mystère à la magie de Noël ?  Parce qu’ils s’adressent à des enfants, les anciens manuels de catéchisme mettent en scène la présence de trois rois d’Orient auprès du Sauveur sans trop s’épancher sur la portée théologique de l’Épiphanie.

Le récit comprend assez de détails troublants pour émerveiller les jeunes lecteurs(rices). Assez d’indices explicites, autour de belles images et de courts récits, pour suggérer la portée universelle d’un événement qui va bouleverser l’histoire du monde.

Trois étranges personnages…

Dès la nuit de Noël, dans l’étable qui lui sert d’asile de fortune, la Sainte Famille reçoit la visite des bergers des alentours, sans doute quelque peu rustauds, ou du moins peu causants. Visite pétrie d’humilité.

Mages-04

Quelques jours après, voilà que viennent se prosterner trois étranges personnages, très raffinés, peut-être des grands de ce monde, parlant une langue étrangère. Visite impromptue de prestige.

Versés dans les arts divinatoires et dans l’astrologie — très voisine à l’époque de l’astronomie — ces Rois mages viendraient d’un lointain Orient, à dos de chameaux. Parés de précieuses étoffes, ils ont sillonné l’immensité désertique avec, pour seul guide, une étoile scintillant vraiment pas comme les autres.

Confiants dans leur science, l’intuition à l’affût, ces grands voyageurs, — relevant d’une « culture païenne » —, ont la révélation avant tout autre, avant même le peuple élu !

Les mages savent que la route est longue. Mais le périple n’est pas vain. Ils vont trouver sans peine, à Bethléem, la petite étable, nichée dans les rochers, où est né le Sauveur. Tellement sûrs d’eux qu’ils acheminent des cadeaux avec eux : de l’or, de la myrrhe, de l’encens. Trois présents symboliques qui ont l’art d’intriguer le bon sens enfantin des catéchisés : la tradition ne reste-t-elle pas muette sur ce que la Sainte Famille a bien pu faire de ces offrandes apparemment si insolites ?

… Venus d’un lointaine contrée

Les mages savent aussi qu’Hérode le Grand est un roi fourbe. Et qu’ils devront jouer de prudence lors de la visite protocolaire à rendre à ce tyran. Harcelés de questions, ils le rassurent et lui promettent de revenir vers lui, pour révéler où se trouve Celui qu’annoncent les prophéties.

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Ils savent surtout, après s’être prosternés devant l’Enfant-Dieu, que leur bonne étoile ne les a pas trompés. Alors ils mesurent le poids de cette Révélation. « Avertis en songe », — oui, les vrais mages ont aussi des rêves prémonitoires — ils ne reviennent pas vers Hérode. Ils retournent dans leur pays, en toute discrétion, empruntant un autre chemin pour échapper à la vindicte du roi. Ils emportent avec eux, vers leur terre inconnue, dans le sillage de cette caravane surgie de nulle part, la plus belle nouvelle de l’humanité. La prophétie est accomplie : « Un enfant nous est né, un fils nous est donné ». (Ésaïe, 9, 5)

Secret partagé entre d’humbles bergers du terroir et de mystérieux savants du lointain Orient. Prélude à l’écho immédiat de la Bonne Nouvelle. Passerelle sémantique entre ceux qui ont la foi et ceux qui ont la science. Promesse d’universalité pour notre Église, une, catholique et apostolique. Alors autour de la traditionnelle galette des rois, — héritage profane et non moins gourmand de la Fête de l’Épiphanie — n’oublions pas de bénir la table et de rendre grâce à nos merveilleux astronomes voyageurs…

JG

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« La grâce, étoile du chrétien »

Mages-03

L’Épiphanie (6 janvier) rappelle l’adoration des Mages et la vocation des païens à la vraie foi. L’Église célèbre, ce jour-là, les trois grands mystères où fut manifestée la gloire du Sauveur : l’adoration des Mages, son baptême dans les eaux du Jourdain et son premier miracle à Cana.

Très ancienne dans l’Église orientale, cette fête a passé dans l’Église d’Occident sans rien perdre de son but ni de sa signification.

Ce jour-là, et pour répondre au désir de l’Église, nous devons remercier Dieu de nous avoir appelés à la foi dans la personne des Mages ; prier pour la conservation de cette même foi dans les pays chrétiens et pour la conversion des infidèles ; offrir à Notre Seigneur l’or de la charité, l’encens de la prière et la myrrhe* de la mortification, et prendre la résolution de suivre toujours les inspirations de la grâce, étoile du chrétien.

* Myrrhe : gomme résine employée par les Juifs pour les embaumements des corps.

Source : FATIEN (B.) & SYNAVE (R.P. Paul) — Histoire de l’Église (Paris, Librairie A. Hatier, 19e édition, 1938)

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« L’office de l’étoile »

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Autrefois, loin de festoyer le jour de l’Épiphanie, on observait un jeûne rigoureux. Dans les églises, on donnait une de ces représentations théâtrales religieuses que l’on appelait Mystères.

On nous a conservé le récit d’une de ces cérémonies, qui avait lieu à Rouen et qu’on appelait office de l’étoile : « les rois mages étaient représentés par des chanoines. Un des trois rois montrait de son bâton l’étoile qui les avait guidés, et tous trois chantaient des versets qui convenaient à la circonstance. Puis, s’embrassant, ils s’avançaient vers l’autel… À ce moment, on allumait devant le crucifix placé sur l’autel un candélabre en forme de couronne qui représentait l’étoile qui avait conduit les mages. Les rois s’avançaient vers l’autel, s ‘y prosternaient et adoraient l’enfant Jésus dans la crèche. »

Source : LÉVY (Albert) — La légende des mois (Paris, Librairie Hachette et Cie, 1879)

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 Tino Rossi - La Marche des Rois mages

La célèbre Marche des Rois appartiendrait au répertoire du Noël provençal. À l’initiative du Roi René (1409-1480) — René 1er dit le Bon, parce que réputé proche du peuple —,  ce chant était joué le jour de la fête de l’Épiphanie, le 6 janvier.

L’authenticité de cette tradition prête à caution puisque La Marche des Rois emprunte la mélodie de La Marche de Turenne, que Jean-Baptiste Lully aurait composée vers 1670, soit deux siècles après le règne du Roi René…

Georges Bizet l’a reprise à son compte pour son Arlésienne, en 1872, réhabilitant par là-même la tradition provençale de ce chant aux accents de farandole. L’interprétation quelque peu désuète de Tino Rossi vaut néanmoins le détour, juste pour le plaisir de respirer un petit bouquet de garrigue ! 

Mages-08

Dans le sillage des Rois mages voyageurs,

sur notre chemin de Foi,

propageons ensemble la Bonne Nouvelle :

« Un enfant nous est né, un fils nous est donné ».

Heureuse Année 2016.

Que la Paix soit avec vous !